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Le Montage magique |
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Gagner en bourse à coup sûr Narguer la chance, dompter le hasard, voilà certainement un fantasme qui a hanté depuis des temps immémoriaux les joueurs de tout poil. Dans le Montage magique, un des héros affirme qu’il connaît ce secret et vous verrez qu'il dit vrai. Dès le premier chapitre, lors d’une rencontre avec l’ ‘honorable Yakamoto’ représentant des triades de Hong Kong et membre de la secte des yakuzas, un jeune et brillant ‘Golden Boy’ Le nommé Rick qui travaille comme trader dans une banque de Singapour se voit confier une juteuse mission consistant à déstabiliser financièrement la Ratelca pour que les amis de Yakamoto puisse la racheter à bas prix. L’entretien se termine à la satisfaction générale. Nous sommes à la page 15 au moment de se séparer quand Rick demande : Premier acte Extrait
tiré du premier chapitre : --
Autre chose, Monsieur ? -- Oui, mais nous en reparlerons plus tard. Je voudrais que vous organisiez pour nous une opération comme celle perpétrée par les gens de cette banque... vous voyez bien ! Rick sursauta. Il connaissait effectivement cette
banque, inventée de toutes pièces par un aventurier pakistanais pour le
compte de cheikhs arabes. Elle avait construit, avec l’aide de Sadam Hussein,
de Manuel Noriega et de quelques autres vautours de même acabit, un réseau
s’étendant sur une bonne partie de la planète. Son rôle était de ponctionner
les économies des ressortissants du tiers-monde. Impunément active dans
soixante-treize nations, elle avait contrôlé trente milliards de dollars de
dépôts, et même au-delà, jusqu’au 5 juillet 1991. A cette date, la Banque
d’Angleterre, enfin soupçonneuse, avait décidé de la fermer sans délai. Trop
tard. Les experts-comptables de Touche Ross, chargés de la liquidation de cet
empire avaient mis à jour, suite à la déconfiture de la firme, un trou
supérieur à deux milliards de dollars. Ils avaient également découvert des
pratiques systématiques permettant de siphonner les actifs de l’entreprise au
profit de ses dirigeants. Rick en connaissait bien le mécanisme pour l’avoir
démonté patiemment, en spécialiste chevronné. A sa connaissance, personne
n’avait eu, depuis, le front de recommencer. Cette fois Rick, qui fréquentait pourtant de notoires
bandits de la finance, des prédateurs sans scrupules, des "tycoons"
au cœur de pierre eut un sourire admiratif. Voilà qui lui convenait au-delà
de toute espérance. -- N’ajoutez rien, Monsieur Yakamoto, vous pouvez
compter sur moi. Tout marchera à merveille. J’ai bien assimilé, croyez-moi,
la méthode permettant de gagner à coup sûr. L’individu au visage jaune, sillonné de rides profondes,
resta impassible, mais il pensa que ses amis s’étaient montrés perspicaces en
lui recommandant le jeune Rick. Il faudrait simplement veiller à le maintenir
dans le droit chemin. Monsieur Yakamoto et ses complices affichaient des
idées très originales en cette matière. Cette assurance excite la convoitise de Lecor un
personnage assez louche : De mère Philippine et de père Américain, Peter était
doué d’une culture encyclopédique et, par suite de circonstances mystérieuses
sur lesquelles il ne s’étendait jamais, assumait les fonctions de conseiller
diplomatique au Luxembourg de l’Etat de B. un de ces micro-états de la
lointaine Malaisie que les occidentaux ont bien du mal à localiser sur une
mappemonde.) Il n’aura pas de repos avant d’avoir percé ce
secret merveilleux. Lecor fut saisi par une sensation d’angoisse qu’il
connaissait bien. Il était soudain devenu jaloux à s’en rendre malade. Il
avait écouté Rick et sa belle assurance l’avait bouleversé :
" J’ai bien assimilé la méthode permettant de gagner à coup
sûr. " Cette phrase dansait dans sa tête et il se jura qu’il aurait
le fin mot de l’histoire, lui qui n’avait pour le moment pas la moindre idée
de la manière dont Rick pouvait s’y prendre. Il contempla Rick d’un air
songeur et se promit d’obtenir coûte que coûte des explications sur sa
méthode et cela, dans les moindres détails. Peut-être partagez-vous sa curiosité ? Yakamoto, inconscient de la tempête qu’il avait
déclenchée, fit comprendre à ses interlocuteurs qu’il souhaitait rester seul
et les deux hommes quittèrent le restaurant à quelques minutes d’intervalle,
soucieux de ne pas être aperçus ensemble. Cent vingt pages et quelques semaines plus tard,
nous retrouvons Rick aux prises avec Lecor. Les pieds sur son bureau, noyé au milieu de cinquante
autres traders qui s’activent dans la monumentale salle des marchés de sa banque
de Singapour, Rick, en bon professionnel, savoure ses œuvres. Sur l’écran,
entouré de papiers tachés de café (la poisse s’acharne sur ces tasses), les
cours de la Ratelca clignotent. Depuis quelques semaines, les cours baissent
régulièrement, sans explications vraiment logiques. Il est un des seuls à
connaître la clé du mystère. Les traders jouissent d’une grande liberté. En
principe, cependant, ils ne prennent pas d’initiatives et ne font qu’exécuter
les ordres de leurs clients. Depuis le scandale de la Barings, les directions ont
renforcé, sans conviction, les contrôles formels, mais le trading est une
activité où l’instinct, les réflexes ont une importance capitale, presque
aussi grande que dans la pêche à la mouche. Pas question de faire de ces petits
génies qui rapportent des fortunes à leurs employeurs des fonctionnaires ou
des robots appliquant strictement des consignes. L’enjeu est trop important.
Il se chiffre en milliards de dollars. Voilà plusieurs semaines qu’il vend à découvert, qu’il
vend sans trêve. L’angoisse le réveille parfois au petit matin. Si jamais
"ils" redressaient la barre ? Il sait qu’il aurait des ennuis à
n’en plus finir. Tant que le cours de l’action baissera, tout ira bien, son
client encaissera la différence et lui la commission prévue. --
Et si les cours remontaient ? Si leurs manœuvres échouaient ? Rick sait qu’alors, la situation tournerait à l’aigre.
Le client supporterait des pertes considérables. -- Je les connais, rumine-t-il, ces ordures me
mettraient ça sur le dos, ils hurleraient à la faute professionnelle, et moi
je n’aurais rien pour me justifier. Il est indispensable que leur campagne de
dénigrement soit efficace, autrement ! Dans le vacarme du bureau climatisé, parmi ses collègues
qui s’interpellent en chinois, en mauvais anglais, en patois
incompréhensibles, la fatigue ? l’angoisse ? le froid ? le
font frissonner. -- Rick ! Téléphone ! hurle son collègue. Vas-tu
décrocher ? Nom de Dieu ! Il sort de sa rêverie, un peu hagard, regarde autour de
lui. -- C’est pour toi, un certain Lecor. Il ne manquait plus que lui. Quelques heures plus tard, il avait retrouvé au bar du
grand hôtel qui domine le port de Singapour ce Lecor qu’il n’aime guère. Il
avait tellement insisté qu’il n’avait pu envoyer au diable cet ostrogoth qui
semblait avoir la confiance de Yakamoto. Depuis un bon moment, Lecor tournait autour du
pot : " Il était à Singapour, pour régler quelques
affaires urgentes pour le compte de Yakamoto. A propos, Yakamoto l’avait prié
de saluer Rick, de le féliciter pour son travail. Alors, il avait profité de
son voyage pour retrouver son "cher Rick" dont il avait été si
heureux de faire la connaissance à Hong Kong. " Rick finissait par se perdre dans tout ce galimatias.
Toutes ces heures de tension l’avaient crevé. L’alcool lui tournait un peu la
tête. " Mais qu’est-ce qu’il me veut ce charlot ? Où veut-il
en venir ? " Soudain, il entrevit une réponse, l’autre
commençait à découvrir ses intentions. -- Je dois vous dire, mon vieux, que j’ai été très
impressionné la dernière fois à Hong Kong. -- Ah ! oui ? Et qu’est-ce que qui vous a intéressé
à ce point ? -- Mais votre réaction quand Yakamoto vous a confié
cette mission, vous savez l’opération consistant à gagner à coup sûr. " C’était donc ça, le bougre voulait lui
soutirer des informations, il ne connaissait rien au trading et comptait sur
lui pour le mettre au courant. " -- Je ne vois pas très bien. De quoi s’agit-il
exactement ? demanda Rick soucieux de confirmer son intuition. -- Mais si ! Je suis sûr que vous voyez très
bien ! répondit Lecor qui avait senti la dérobade. -- Il s’agit, insista-t-il lourdement en regardant Rick
d’un drôle d’air qui lui fit passer un frisson le long de la colonne
vertébrale, de ces transactions où, paraît-il, on ne perd jamais et où
l’on gagne à coup sûr ! Vous aviez l’air catégorique, si parfaitement au
courant. Soyez chic de m’expliquer, moi, je suis un novice, mais je dois
dire que cela me fascine. Rick avait horreur de parler de ses
" ficelles " aux non initiés, mais il comprit qu’il
devenait de plus en plus délicat de jouer les mystérieux. Il n’avait aucune
sympathie pour ce Lecor, mais c’était, de toute évidence, un individu qu’il
valait mieux avoir de son côté que contre soi. Faisant preuve d’une mauvaise volonté assez transparente,
il essaya une pirouette. -- Mais c’est très ennuyeux, très technique aussi. L’autre le regarda par-dessus ses petites lunettes
cerclées d’acier qui lui donnaient l’air d’un professeur d’université en
colère. -- Bon d’accord, vous l’aurez voulu, concéda Rick. Lecor acquiesça d’un sourire un peu faux. -- Connaissez-vous un peu le trading sur les
futures ? -- Non, mais je compte sur vous pour m’éclairer. -- Puisque vous y tenez. Et il débuta par les rudiments, ceux que l’on inculque aux
apprentis traders et que beaucoup d’amateurs connaissent : Les futures
permettent de jouer sur la variation des cours de valeurs très demandées. Ce
sont soit des indices comme le CAC 40 ou le " Standard and
Poor " qui synthétisent l’évolution des principales actions d’une
Bourse, soit des contrats sur des produits comme le pétrole ou sur des
emprunts d’état comme les bons du trésor américain. -- Vous me suivez ? fit-il pour tester l’attention
de son auditeur qui prenait des notes en bon élève. -- Une des caractéristiques fondamentales, c’est que
vous pouvez jouer en utilisant un capital très faible par rapport aux
intérêts en jeu. Cinq pour cent en général. -- Cinq pour cent seulement ! Je croyais bien plus. -- Non et c’est justement l’avantage et aussi le danger.
Prenez le baril de pétrole, s’il cote autour de vingt dollars, un seul
dollar, vous rendra propriétaire d’un contrat portant sur un baril d’une
valeur de vingt dollars. Si vous êtes acheteur, disons à vingt dollars et que
le cours monte à vingt et un, vous gagnez un dollar puisque vous pourrez
revendre le contrat au nouveau cours de vingt et un dollars. Apparemment ce
n’est pas énorme, mais puisque vous n’avez investi qu’un dollar, vous avez,
en fait, doublé votre mise et ceci, juste dans la séance ou même en quelques
minutes. -- Et si le prix du baril tombe à dix-neuf
dollars ? -- C’est très simple vous avez perdu la totalité de
votre enjeu, rincé en une journée. -- Et s’il perd trois dollars ? -- Si vous n’avez pas vendu entre temps, vous perdez
trois fois votre investissement initial et il faudra allonger la différence. -- Je vois que vous commencez à réaliser, dit
ironiquement Rick à Lecor qui restait songeur. -- Mais c’est terriblement dangereux s’exclama ce
dernier. Pendant la guerre du Golfe, le pétrole a joué au yo-yo. Il est passé
de vingt dollars le baril à plus de quarante pour retomber à vingt en
quelques jours seulement. Ainsi à chaque dollar de différence, on doublait ou
on perdait la totalité de sa mise. -- Pratiquement oui, confirma Rick qui jouissait de son
étonnement et le regardait se débattre, noyé dans toutes ces informations,
feuilletant ses notes. D’ailleurs il y a eu des dégâts effrayants dans la
profession. -- Mais c’est l’enfer, murmura Lecor. -- On peut dire ça. Mon confrère de la Barings, a fait
perdre des centaines de millions de dollars à sa banque parce qu’il a fait le
mauvais choix et qu’il s’est entêté pensant que les cours allaient se
retourner. -- Et ils ne se sont pas retournés ? -- Si, mais trop tard, la banque était en faillite et
mon collègue en fuite. -- Mais si je comprends bien vos propos, dit Lecor
songeur en compulsant ses papiers, cela reste malgré tout un marché à somme
nulle. -- Tout à fait, le dollar qu’un joueur perd est un
dollar gagné par un autre joueur. -- Mais quel est le sens de cette folie ? -- Initialement, cette technique a été mise au point sur
le marché de Chicago pour que les gros agriculteurs puissent se protéger
contre la variation des cours des céréales. -- De quelle manière ? -- C’est très simple : Avant l’instauration du
marché, ils vendaient leur récolte d’avance à un prix défini comme devant
être celui du marché international au moment de la moisson. Si ce prix
baissait à cette époque, ils étaient ruinés. Alors on a inventé ce système de
couverture. Ils jouaient à la baisse sur le marché des futures. De cette
manière, si le cours baissait, ce qu’ils perdaient sur leur marchandise, ils
le rattrapaient sur les futures. Il y avait une compensation qui neutralisait
pour eux les variations de prix. -- Et devant le succès de l’opération, les spéculateurs
se sont engouffrés et c’est devenu un jeu d’argent pur et simple, murmura
Lecor pour qui le paysage s’éclairait un peu. -- Exactement. Rick observa le silence, laissant venir son interlocuteur.
Jusqu’à présent, il ne lui avait rien révélé d’autre que ce que tout membre
d’un club d’investisseur apprend en quelques heures. Il espérait confusément
que cela suffirait, que Lecor penserait que c’était là le secret. Il l’avait sous estimé. -- Mais mon petit Rick, vous êtes un cachottier, lui dit
finement ce dernier. Pour gagner à coup sûr dans cette galère, il faudrait
être omniscient, ne jamais se tromper. J’ai beaucoup d’estime pour vous, mais
pas au point de vous assimiler à Dieu le père. Rick le regardait en souriant, un peu gêné, comme un
môme pris en flagrant délit. -- Alors, de deux choses l’une, continua Lecor, ou vous
n’êtes qu’un vantard, mais je ne crois pas que Yakamoto aurait mordu aussi
facilement à l’hameçon ou bien vous ne me dîtes pas tout. -- Soyez patient, vous avez raison, admit Rick, je n’ai
rien, hélas, d’un devin. Puisque vous avez l’air d’y tenir tellement, je vais
vous expliquer les méthodes utilisées par les requins de la finance. -- J’aime mieux ça parce que je commen... Lecor n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Le
vacarme assourdissant d’une sirène envahit soudain le bar tranquille et les
lumières s’éteignirent. Des agents de la sécurité brandissant des torches
firent irruption en hurlant. " Alerte à la bombe ! Tout
le monde dehors, allons, descendez par l’escalier. " Il s’ensuivit
un indescriptible brouhaha, des ombres s’agitaient sur les murs blancs, la
pièce n’était plus éclairée que par les faibles lueurs venant du port. Dans
l’escalier, c’était une foule qui se pressait, on entendait des ordres, des
cris de frayeur, un début de panique qui ne s’apaisa que lorsque toutes les
personnes de l’hôtel se retrouvèrent sur le parvis, vingt étages plus bas,
écoutant les consignes rassurantes prodiguées par des porte-voix. Le calme enfin revenu, Lecor chercha vainement Rick. Il
dut se rendre à l’évidence, il avait disparu. Deux heures plus tard, la sonnerie du portable de Lecor
retentit. C’était Rick. -- Je suis désolé, il a fallu que je rentre à la banque,
je ne pouvais pas rater l’ouverture de la Bourse. Lecor regarda sa montre. Il était vingt et une heures. -- Mais qu’est-ce que vous me racontez, il est neuf
heures du soir. -- Mais mon vieux, il est neuf heures du matin à Wall
Street, ils sont en plein boom là-bas. Vous voulez la couler, oui ou non,
votre Suzy ? Mais, ce n’est que partie remise, demain, même heure, même
endroit, d’accord ? Pour Lecor, c’était impossible, il devait reprendre
l’avion le lendemain matin. La rage au cœur, il dut accepter un rendez-vous
deux semaines plus tard à Orly. En effet Rick avait une réunion en Europe et
passait par la France, en transit pour Madrid. Premier essai manqué donc pour Lecor bien décidé à ne pas rester sur sa faim. Nous le retrouvons deux semaines plus tard à Paris. Second acte Extrait du chapitre 11 Quelques jours après sa visite à Vaux le Vicomte, Lecor
avait retrouvé Rick à Orly. Enfin il allait savoir. Depuis quinze jours, il
avait ruminé sa déception, maudit cette alerte qui avait donné à Rick un
prétexte pour s’esquiver. Il l’avait un peu harcelé au téléphone, s’assurant
qu’il serait bien à Orly comme prévu, lui faisant répéter plusieurs fois les
coordonnées du rendez-vous. Et maintenant, il le tenait, en face de lui, coincé sur
la banquette en moleskine dans un bar de la zone départs. Son avion ne
décollait pour Madrid que dans deux heures. Il allait falloir qu’il accouche. -- Vous savez, plaisanta-t-il, cela m’a rappelé la Fac,
j’ai relu toutes les notes que j’ai prises à Singapour. Je crois que j’ai compris
et que je suis prêt à entendre la suite. Rick prit un petit air résigné de brebis que l’on mène à
l’abattoir. Il avait baissé les bras ; après tout, Lecor était dans son
camp, il ne pouvait pas faire autrement. D’ailleurs, il faisait du bon boulot et Yakamoto devait
être satisfait. La Ratelca continuait sa course à l’abîme. Les
administrateurs favorables à Suzanne recevaient des lettres de menace
insidieuses, plusieurs avaient vu se déclencher des poursuites fiscales qui
leur avaient paru un peu surprenantes. L’un d’entre eux avait eu sa maison de
Corse, au bord du Golfe de Sagone, détruite par une explosion. Les gendarmes
avaient conclu, sans grande conviction, à une action du Front National de
Libération de la Corse. La fille d’un autre avait été agressée en rentrant
chez elle. Dans tout cela, Suzanne reconnaissait une signature
commune, mais il lui était bien difficile d’affirmer quoi que ce soit dans sa
position précaire. Des conflits sociaux se déclenchaient dans des usines de
la Ratelca peu coutumière du fait. Des incendies criminels ravageaient les
ateliers créant un climat de suspicion et d’insécurité dont les médias se
montraient les relais fidèles. La pression ne se relâchait pas. -- Vous êtes un maître du suspense, mon cher Rick. Allez
pendant que nous sommes tranquilles, dites-moi tout. Résigné Rick recommença là où il avait été interrompu. -- Il existe en effet une méthode permettant de ne
jamais rien perdre et de gagner à coup sûr. Il faut bien entendu quelques
moyens, je vais vous expliquer lesquels, mais Monsieur Yakamoto dispose de
tout cela. -- Je vous écoute. -- Vous avez bien pigé. Une transaction se fait entre
deux opérateurs : un acheteur et un vendeur et ce que l’un gagne,
l’autre le perd, au centime près. -- A l’exception de la rémunération des
intermédiaires ? -- Bien entendu, mais nous sommes les intermédiaires,
mon vieux, Yakamoto a des intérêts substantiels dans plusieurs sociétés de
courtage. Lecor se mordit les lèvres, il avait encore dit une
sottise, il aurait pu y penser. -- Donc, la formule miracle consiste en ceci : Il
suffit de... A ce moment, laissant Rick complètement abasourdi,
devant sa bière, Lecor se leva de sa chaise comme un fauve et, soufflant à
mi-voix : " Ne bougez pas ! Je reviens ! "
il se rua vers les toilettes. Il venait de voir apparaître, dans la grande
glace derrière la banquette sur laquelle Rick était assis, deux inspecteurs
de la DST qui lui filaient le train depuis plusieurs jours. Ils se tenaient à
l’entrée du bar et scrutaient la salle. Il fallait éviter à tout prix qu’ils
l’aperçoivent en compagnie de Rick, qu’ils puissent faire un lien, aussi ténu
soit-il, entre le trader et lui. Une heure plus tard, il avait quitté l’aéroport en taxi,
laissant sa voiture trop voyante au parking, il la ferait reprendre plus
tard. En route, il appela Rick qui en était à sa troisième Heineken, pour
s’excuser, et sans fournir d’explication, lui fixa un autre rendez-vous huit
jours plus tard à son retour de Madrid. Troisième et dernier acte : Où l’on va tout comprendre. Les deux compères se retrouvent chez Maxim’s à Orly. (Extraits du Chapitre 11) --
Bravo, je suppose que vous êtes derrière tout ça ? Rick exhibait la première page de France Soir qui
relatait les incidents intervenus dans les usines de la Ratelca. -- Pas du tout, je crois qu’ils jouent de malheur, tout
simplement, répondit Lecor, mais son petit air faussement modeste démentait
ses propos. -- Cette fois je vous tiens mon cher Rick, Il est assez
rare qu’il y ait des alertes à la Bombe chez Maxim’s, même à Orly, et j’ai
pris mes précautions, vous pouvez vous en rendre compte. Il était en effet méconnaissable, vieilli de trente ans
au moins, une moumoute argentée, des sourcils grisâtres, les yeux cernés et
une respectable barbe blanche, il s’était donné le look d’un professeur de
grec en retraite. Quand il avait tapé dans le dos de Rick à son arrivée
de Madrid, ce dernier ne l’avait pas reconnu. Il lui avait soufflé à
l’oreille en le pinçant méchamment au gras du bras : " C’est
moi, Lecor, ne faîtes pas l’imbécile ! " Et peu de temps après, ils étaient attablés
tranquillement autour d’une table nappée de jaune paille, étudiant le menu
d’un œil critique. Lecor lui devait bien cette petite fête. Dès les hors-d’œuvre, il avait mené l’assaut, ne voulant
laisser échapper sa proie sous aucun prétexte. -- Alors ce secret ? De quoi s’agit-il ? " Je me demande ce qui nous attend cette
fois " pensa Rick, mais apparemment aucun obstacle providentiel ne vint
interrompre ses explications, il était au pied du mur. -- En réalité, c’est un peu l’œuf de Christophe Colomb.
Dans une transaction, il y a un gagnant et un perdant. Rick, qui avait trouvé plus obstiné que lui, finit
par révéler son secret A la fin de l’entretien … Lecor pensa qu’il avait obtenu ce qu’il cherchait et
qu’il ferait mieux de changer de conversation. Mais son esprit fertile était
déjà en quête des occasions d’appliquer ses connaissances toutes fraîches
pour piller la société dans laquelle il vivait et où il jouait sans remords,
son rôle de prédateur. Quant à Rick, un reste de conscience lui susurrait qu’il
venait de faire une mauvaise action et qu’il était vraiment très dangereux de
mettre ainsi les armes qu’il détenait dans des mains aussi malintentionnées
que celles de Lecor et de sa clique. Il se réconforta en utilisant toujours
les mêmes arguments : " S’il ne l’avait pas fait, lui, un
autre l’aurait fait à sa place. Alors, autant profiter des circonstances. La
vie était courte et l’argent dur à gagner. Le reste, ce n’était pas ses
oignons. " Vous aimeriez peut-être connaître le secret de Rick qui semble avoir ouvert à Lecor des horizons nouveaux ? Rien de plus facile. CLIQUEZ ici. |
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