Rapopos vous invite à un voyage de rêve sur son yacht à la découverte du futur état SEMOA.

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Le Montage Magique :

Une soirée sur le Yacht

 

 

 

Enfin seuls

Cela avait été une rude journée, Rapopos et André dont l’entente ne faisait que s’affirmer étaient restés seuls.

Du moins ils croyaient l’être, car ils n’avaient pas aperçu Charlotte qui était revenue furtivement, à la faveur de l’obscurité. Invisible dans un collant noir, elle avait escaladé, sans le moindre bruit, avec l’agilité d’un chat en balade nocturne, le bord d’un des canots de sauvetage, proche des chaises longues occupées par les deux hommes. Tapie dans le fond de l’embarcation, sur des bâches, elle épiait leur conversation.

-- Vous avez dû vous demander pourquoi je vous ai tous invités dans la mer des Caraïbes.

-- Pas du tout, j’ai trouvé ça très agréable, je n’ai pas l’habitude de discuter lorsque l’on me fait des cadeaux, même s’ils sont aussi somptueux que ce séjour, et qu’ils viennent d’un homme  tel que vous.

-- André, remballez votre « Dale Carnegie » de pacotille, je vous parle sérieusement.

-- Dans ce cas c’est différent. Pour être franc, je peux vous dire qu’en effet nous nous sommes tous posés cette question et qu’à part Joëlle, personne n’a trouvé de réponse satisfaisante.

-- Quelle est la sienne ?

-- Oh ! c’est celle qui vous a énervé à l’instant, c’est parce que vous êtes charmant et généreux. Je crois d’ailleurs que c’est le cas, mais est-ce la seule explication ?

  Rapopos le regarda longuement. On ne percevait plus qu’un léger bruit venant des profondeurs du navire, celui des machines à vitesse réduite qui les faisaient avancer sur la mer calme. Demain, ils atteindraient le Costa Rica et y déposeraient leurs invités de marque.

Un être étrange

-- André je vous ai observé pendant ces quelques jours, vous êtes un être étrange.

L’attention d’André fit un bond prodigieux. Il allait entendre sur sa petite personne le jugement d’un des grands de ce monde, d’un de ces monstres sacrés qui tiennent entre leurs mains, qu’on le veuille ou non, le sort d’innombrables individus.

-- Vous faites profession de cynisme, mais je sais que ce n’est que la surface des choses, que c’est comme une cuirasse, comme la cotte de maille que revêtaient les chevaliers partant à la conquête du Graal. Je sais que vous êtes capable d’un engagement profond et j’aimerais travailler avec vous. De grandes tâches nous attendent.

  Ce que Ramon savait surtout, c’est qu’en tenant ces propos à quelqu’un de jeune et d’énergique comme André qui n’avait connu jusqu’alors que des difficultés dans son existence, il était capable, par la seule magie de la confiance qu’il exprimait, de le transformer profondément et durablement. Il avait déjà expérimenté plusieurs fois cette véritable opération de transmutation des âmes et les résultats avaient toujours été au-delà de ses espérances.

   André eut comme un éblouissement. Ses rêves prenaient enfin forme. Il ne répondit que par un sourire, se contentant d’écouter le prophète qui parlait si bien de son avenir. Pendant quelques instants, une pensée forte comme un alcool l’envahit, le bouleversa. « Alors c’était moi celui qu’il voulait élire, moi pour qui il avait monté cette mise en scène. »

  Ramon qui lisait ses émotions sur son visage, ne voulut pas faire durer un malentendu qui pourrait creuser à jamais un fossé entre eux.

-- André, je vous dois d’être franc, ce n’est pas pour vous que j’ai organisé ce voyage initiatique, mais il m’a donné l’occasion de vous découvrir et de m’attacher à vous au-delà de ce que vous pouvez penser. Vous êtes devenu pour moi comme un fils et je voudrais que nous travaillions ensemble à la matérialisation de nos projets.

  André qui revenait brutalement sur terre lui posa la question d’une voix rauque, changée par la déception.

-- Mais alors c’est pour qui ?

-- Patience, vous allez l’apprendre sans plus tarder.

Un pirate mal inspiré

Il ne put malheureusement, continuer. Le second du capitaine s’approchait à pas de loup. Il se pencha à l’oreille de Ramon et lui parla à voix basse. Celui-ci lui posa en espagnol une question qu’André ne comprit pas. Devant la réponse affirmative du second, Ramon se leva d’un bond démontrant une souplesse que l’on n’attendait pas d’un homme de son âge.

-- Je ne serai pas long, dit-il à André en se tournant vers lui, attendez-moi, nous n’avons pas terminé.

 Puis se dirigeant rapidement vers le gaillard d’avant, suivi par le second, il rejoignit le poste de pilotage où l’attendait le capitaine.

-- De quoi s’agit-il ?

-- Je suis désolé Monsieur, mais nous faisons l’objet d’une tentative de piratage. Un bateau non identifié nous a interpellés par radio. Il menace de nous arraisonner, de monter à bord et d’emmener les passagers pour les échanger contre une rançon.

-- Et combien veux-t-il ? s’enquit Ramon très flegmatique.

-- Dix millions de dollars, Monsieur. Je crois qu’il faudrait prévenir vos hôtes.

-- C’est un amateur, répondit soulagé Ramon qui avait craint une action violente de Yakamoto et de ses sbires, nous avons à bord des personnes qui pourraient racheter la Chase Manhattan Bank en la payant comptant et ce guignol réclame dix millions de dollars. Ce n’est pas sérieux, je ne veux pas perturber la soirée de mes hôtes, ils se moqueraient de moi.

-- Le navire est-il identifié ? demanda-t-il songeur au capitaine.

-- Non pas encore, il est sur notre radar, à moins de trois miles nautiques. Il peut être là d’une minute à l’autre.

  Rapopos avait libre accès à une base de données complète de tous les vaisseaux pirates qui opéraient dans les différentes mers du globe. Etablie conjointement par la CIA et les services de détection du crime de ses universités, elle se trouvait sur un site, localisé dans un endroit rigoureusement secret.

 Un bâtiment, une fois détecté sur le radar du bord, voyait son image captée très simplement par les caméras à infra rouge du  satellite géostationnaire qui couvrait la Mer des Caraïbes et transmise par ordinateur à la banque de données. Celle-ci livrait en quelques secondes les coordonnées des propriétaires et leurs pedigrees.

  Un pacte tacite de non-agression, que tous respectaient scrupuleusement, liait Rapopos à la plupart des écumeurs des mers. Il datait de l’époque où trois vaisseaux pirates, bravant ses redoutables missiles Exocet avaient été envoyés par le fond.

  Rapidement, Ramon reçut la fiche d’identification concernant l’unité qui lui cherchait querelle.

  Il s’agissait du « Démon du Sud », un bâtiment d’origine cubaine, qui prétendait travailler pour Fidel Castro et rançonnait les plaisanciers croisant dans la Mer des Caraïbes. Ramon connaissait de réputation son capitaine, un certain Juan Caballo.

  Son système informatique afficha à l’écran le curriculum complet du pirate et de sa famille.

Ramon dit quelques mots à l’oreille de l’un de ses collaborateurs qui s’activa sans tarder sur un autre ordinateur situé dans le poste de commandement.

Ramon fit établir la communication radio et s’adressa au capitaine en espagnol :

-- Amigo que fais-tu dans ces parages à me gâcher ma soirée ?

-- Je vais effectivement te la gâcher si tu n’obtempères pas à l’ultimatum que j’ai adressé à ton capitaine de merde. Tu n’es qu’un chien de touriste capitaliste et je vais monter sur ton rafiot si tu ne t’exécutes pas sans discuter. Je vais te communiquer le numéro d’un compte à Grand Cayman et si, dans les dix minutes qui suivent, les dix millions de dollars réclamés ne sont pas virés, toi et tes passagers, vous allez le regretter.

  Juan Caballo entendait démontrer ainsi sa connaissance approfondie des systèmes bancaires qui constitue le bagage indispensable des pirates modernes.

-- Tu t’énerves, Juan. Tu t’énerves pour rien.

  L’emploi de son petit nom fit apparemment sur celui-ci une forte impression.

-- Tu ne manques pas d’audace ! D’où connais-tu mon prénom?

-- Mon pauvre Juan, il n’y a  pas que ça que je connaisse. J’ai devant moi une fiche complète sur tes misérables activités au cours des dix dernières années. Je détiens également la liste de tes comptes en banque et leurs soldes à ce jour. Je constate que tes affaires ne vont pas aussi bien que tu le prétends. Et que vont dire tes fils de ce coup d’éclat ?

-- Que viennent faire mes fils dans cette affaire ? Tu n’es qu’un bluffeur, tu ne connais rien de rien.

--  Crois-tu vraiment ? Tu as deux fils : Pedro et Alonso et tu leur as fait faire de brillantes études aux Etats-Unis, ce qui prouve que tu n’es pas entièrement stupide. Ton cadet est à Princeton et l’aîné à Harvard.

-- Tu es le diable, comment sais-tu cela ?

-- Je ne suis pas le diable, mais Ramon Rapopos et, si tu ne décampes pas sans demander ton reste pour te tenir au moins à vingt miles de mon yacht, je vais t’envoyer, par le travers, un de mes missiles Exocet qui commencent à s’engourdir. La mer est très profonde dans les parages et personne ne saura où est passé Juan Caballo, ce serait dommage pour tes rejetons.

-- Par la Madone ! Pourquoi est-ce que ton chien de capitaine ne s’est pas identifié d’entrée de jeu ? Je suis désolé Ramon, c’est une abominable méprise. Je vais donner les ordres pour que nous quittions immédiatement ton voisinage.

  Le collaborateur de Rapopos vint murmurer à son oreille la réponse qui lui avait été demandée.

-- Je vois avec plaisir que tu deviens raisonnable Juan, reprit Ramon en souriant. Un conseil, toutefois, sois plus ferme envers tes fils. Je viens d’avoir communication de leurs dernières notes du trimestre et c’est un peu faible si tu veux m’en croire, surtout en économie.   En un temps record, malgré les mots de passe, les banques de données des deux universités contenant les résultats scolaires des fils de Juan avaient livré leurs secrets.

-- Tu es vraiment un démon, Ramon, bégaya le pirate déconfit et l’on entendait rire autour de lui.

-- Porte-toi bien et mes amitiés à Fidel.

  Le capitaine admira son patron, c’était Ramon tout entier dans cette remarque. Il ne voulait pas faire perdre la face à son agresseur. Il le flattait en accréditant la fable selon laquelle le pirate fréquentait le Leader Maximo, légende fausse bien entendu, ce que chacun savait.

  On vit, sur le radar, le navire qui s’éloignait à la vitesse maximum de ses moteurs et Ramon, avant de  retourner voir son invité, donna des instructions pour que l’on continue la route sans rien changer.

 

Pendant cette interruption si inopportune, André ne savait quoi penser. « Si près du but, si près de savoir et le voilà qui s’envole. Jamais je ne sortirai de cette mouise. Je ferais mieux de tout plaquer, de rentrer en Europe et d’essayer de trouver des gens plus sérieux. » C’était la déception qui le faisait parler, il le comprenait bien. « C’est couru, ça va être Suzanne et moi je vais traîner derrière. J’ai bien peur que ça ne colle pas très longtemps. »

Soudain, il entendit un bruit étouffé, comme un grognement. Il se leva rapidement, regarda, à gauche et à droite et ne vit personne. Il s’approcha du canot de sauvetage, proche mais n’entendit plus rien. Il vint s’accouder au bastingage et resta longtemps à admirer le scintillement des étoiles sur la mer  des Caraïbes.

  C’était Charlotte qui, n’entendant plus les conversations qu’elle suivait avec la plus grande attention avait bougé dans la chaloupe pour tenter de comprendre ce qui se passait. En essayant d’apercevoir le pont, elle s’était accroché la cheville dans une poulie de bois qui traînait dans le fond du canot et n’avait pu retenir un juron.

  L’alerte avait été chaude, mais elle avait pris le parti d’attendre le retour de Ramon et la suite de la conversation. Elle pensait, elle aussi, que les cartes étaient données et que Suzanne allait devenir la nouvelle maîtresse de Semoa. « Dommage, avec André, j’aurais pu courir ma chance. » Quelques secondes après, elle reprenait : « Et moi, qu’est-ce que je deviens dans cette pagaille, s’ils pensent tous que je vais rester l’esclave de cette vieille peau, ils se font des illusions. Je sais bien que j’ai cela dans le sang et ce doit être ce qu’elle pense cette salope, mais elle va déchanter. D’ailleurs, on arrive demain au Costa Rica, je ne vais pas faire de vieux os sur ce rafiot pourri. Je descends et je me paie une petite balade au pays. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas revu ma grand-mère. Il faut que je me dépêche avant qu’elle ne soit partie rejoindre nos ancêtres. Le petit Leroux commence à me fatiguer. Qu’il aille baiser sa Suzanne et qu’il me foute la paix ! Je suis une femme libre, moi. Ils vont l’apprendre à leurs dépens. Demain, je joue des flûtes. »

Ramon en pleine forme

  Ses belles résolutions furent interrompues par le retour de Ramon qui, tout heureux du bon tour qu’il avait joué à Juan Caballo, chantonnait d’une voix guillerette.

-- Des ennuis ? interrogea André, un peu inquiet de l’absence prolongée de Ramon.

-- Non, non. Pas du tout, c’est un vieil ami qui voulait me saluer.

  Il avait rapporté de la cabine de commandement un cruchon à la panse arrondie et un gobelet et se servait de larges rasades d’un liquide ambré qu’il buvait avec une satisfaction évidente en levant son verre pour admirer les reflets du précieux liquide.

-- Je ne vous en offre pas, c’est un affreux tord-boyaux. Mais prenez donc un Cognac.  

André, qui avait déjà pas mal bu, préféra refuser.

-- Où en étions-nous ? demanda Ramon.

-- Je crois que vous vous apprêtiez à me révéler le pourquoi de notre présence dans votre paradis personnel.

-- Tout à fait et je suis désolé de ce léger contretemps.

  Il y eut un instant de silence qui parut interminable à André.  Charlotte, dans son canot, ayant entendu Ramon revenir, faisait preuve d’une égale impatience.

-- Je suppose, continua Ramon, que vous avez perçu l’ampleur des progrès que nous avons faits au cours de ces dernières semaines, depuis cette nuit mémorable.

André approuva en silence, pendant que Charlotte, dans l’obscurité la plus complète, rongeait son frein.

-- Nous allons arriver bientôt au Costa Rica et nous devons entamer la discussion des accords territoriaux pour le démarrage de notre entreprise. A votre avis, que nous faut-il pour aborder cette nouvelle phase ?

  André s’aperçut qu’il était soumis à une sorte d’examen de passage et que le financier voulait tester ses qualités de politique. Il naviguait sur des œufs.

-- Nous n’avons pas besoin d’argent !

-- On a toujours besoin d’argent mais en l’occurrence, ce n’est plus vital, concéda Ramon.

-- Nous savons ce que nous voulons et comment nous développerons notre état.

-- Vous y êtes. Alors que nous manque-t-il ? insista Rapopos.

-- Je crois que ce qu’il nous faut surtout, c’est mettre à la tête de notre mouvement une personnalité charismatique et crédible.

-- Exactement, acquiesça le maître de céans.

-- Pour cela, vous avez Suzanne, elle est idéale, elle présente magnifiquement et elle a déjà un CV long comme la Constitution des Etats-Unis. La boucle est bouclée me semble-t-il. Vous êtes un homme comblé, mon cher Rapopos. Félicitations.

  Comme pour marquer son approbation, Ramon se servit une nouvelle rasade de la fiasque qui n’était déjà plus qu’à moitié pleine. Au lieu d’abonder dans le sens d’André, il se mit à tenir des propos, dénués apparemment de liens avec le sujet qui les tenait tous deux sous le ciel des tropiques.

-- Etes-vous déjà allé à Chartres, en pleine Beauce ?

-- A Chartres ? Quel est le rapport ? Oui, je dois y être allé.

-- Avez-vous visité la cathédrale ?

-- J’avoue que j’ai dû le faire, il y a bien des années.

-- Et qu’est-ce que qui vous a le plus frappé ?

André pensa qu’il aurait dû réviser son sujet, mais par où commencer, avec un hôte aussi imprévisible.

-- J’ai beaucoup admiré le labyrinthe.

-- Le labyrinthe ? Tiens ! C’est original. Mon ami Attali prétend que c’est l’image de notre société complexe et, par exemple, de l’Internet et de son organisation. Mais ce n’est pas à cela que je souhaitais faire allusion.

-- ( ? )

André avait préféré abandonner la course et laisser son interlocuteur faire les demandes et les réponses.

La vierge noire

-- Je voulais parler de la Vierge Noire.

-- De la Vierge Noire ? Le ton de cette exclamation en disait long sur le désarroi d’André qui ne cherchait même plus à donner le change.

-- Mon cher André, je ne voudrais pas être pédant et vous faire un cours d’histoire de la planète, mais vous savez sûrement que les généticiens ont établi de façon irréfutable que l’ensemble de la race humaine vient d’une souche unique, d’une mère commune et non pas de plusieurs races différentes. Il a été, ainsi, prouvé scientifiquement qu’Hitler n’était pas seulement un monstre, c’était aussi un ignorant.

  André était complètement largué et Charlotte bouillait d’énervement.

-- ( ? )

-- Eh bien ! C’est qu’en effet cette ancêtre commune était une noire, vivant sur les hauts plateaux d’Afrique. C’est de là que procède le culte universel de la Vierge Noire qui est répandu dans tous les peuples, sous toutes les latitudes. Mais oui, mon cher, Eve était noire.

Jouissant de la stupéfaction qu’il avait déclenchée, Ramon se resservit une généreuse rasade de sa fiole favorite.

-- Quel est le rapport avec notre projet ?

-- Vous me décevez un peu, je vous croyais plus vif, lui dit Ramon, un éclair de malice dans les yeux.

Il continua :

Le continent malade

-- L’Afrique est aujourd’hui le continent malade de la planète, mais tout laisse prévoir qu’elle va sortir de son marasme et que, compte tenu de sa démographie galopante, quand elle aura jugulé le problème du SIDA, elle va devenir en quelques dizaines d’années le poids lourd de notre univers. Elle a des ressources exceptionnelles qui ont été honteusement pillées. Ses peuples ont été réduits en esclavage par les Blancs, elle se débat encore dans des guerres tribales, mais tout cela va changer. Ce n’est pas à vous que je vais apprendre que dans l’âge de la connaissance, tout peut évoluer à une vitesse fulgurante et que nous allons avoir entre les mains tous les outils pour littéralement changer le monde.

  André ne devinait toujours pas où Rapopos voulait en venir, mais Charlotte voyait poindre la lumière dans son trou à rat.

-- Vous vous demandez encore en quoi cela concerne notre projet

-- ( ? )

-- Les rapports sont tout à fait évidents. Il y a dans nos fondations quelques fanatiques de la généalogie et je les ai mis à contribution dès le lendemain de notre folle séance de Perspective ;  ils ont fait un merveilleux travail.

-- ( ? )

-- Ils ont sillonné l’Afrique et ils ont découvert que notre Charlotte...

André se mordit les lèvres et Charlotte faillit hurler d’impatience dans son canot.

  Sentant l’intérêt qu’il avait allumé, Ramon resta silencieux un instant, pendant qu’il se resservait une rasade puis il continua.

-- Notre Charlotte est de lignée royale. Elle descend en droite ligne des premiers souverains du Kenya. C’est dans ce pays que l’on peut trouver le berceau de sa famille. Pas étonnant qu’elle courre si vite. Vous connaissez la réputation des Kenyans dans ce domaine, ils raflent méthodiquement tous les records d’athlétisme.

-- Vous plaisantez ? Comment pouvez-vous en être sûr ?

-- Mon vieux ! André nota avec intérêt la familiarité de l’expression, cela a été ma première réaction, vous ne m’étonnez donc pas outre mesure. La génétique, voilà l’explication. Nous disposons d’archives que nous partageons avec les Mormons et qui concernent d’innombrables humains vivants ou décédés.

  André était tellement sonné qu’il préféra se taire. Quant à Charlotte, elle étouffa un juron. « Alors c’est pour cela que ce salaud m’a fait venir à l’Hôpital Américain, en juillet dernier, sous le prétexte de faire les vaccins pour les Caraïbes. Je n’avais pas compris pourquoi ils me faisaient une prise de sang et ces différents prélèvements. J’avais trouvé cela curieux, c’était pour leur profil génétique. »

  Rapopos resta silencieux, laissant ses révélations faire leur œuvre.

-- Mais alors ! André hésitait encore à formuler son hypothèse, c’est à elle, à Charlotte que vous songez pour devenir le fer de lance de Semoa ?

Après quelques secondes de réflexion, il ajouta :

-- Ça se tient parfaitement, je suis persuadé qu’elle a le potentiel !

« Tiens mais il n’est pas aussi borné que je le croyais le Dédé » pensa Charlotte dans son obscure cachette.

-- De surcroît, ajouta André en regardant Ramon qui continuait à vider sa bouteille c’est une enfant de la région et tous les peuples de la Mer des Caraïbes lui seront acquis d’emblée. Ce sera très important pour l’admission à l’ONU.

Charlotte, bouleversée par la nouvelle avait failli bondir hors de son trou, diable jaillissant hors de sa boite.

-- Je vois que vous retrouvez votre sens politique, déclara Ramon d’une voix plutôt satisfaite. J’étais un peu inquiet, car je ne crois pas que vous vous entendiez très bien tous les deux.

-- Oh ! Mes préférences personnelles... répondit André qui s’était mis subitement à considérer Charlotte sous un jour bien différent.

-- Si vous saviez ce que mes spécialistes m’ont raconté, poursuivit Rapopos, je crois bien que vous ne n’en reviendriez pas.

Il leva son verre un peu au-dessus de son front pour observer la lune à travers le liquide coloré qui miroitait dans son enceinte de cristal.

-- De quoi s’agit-il ? s’informa André dont la curiosité commençait à monter furieusement.

Des histoires fumeuses

-- Oh ! D’histoires incroyables, fumeuses, auxquelles je n’ai pas attaché, personnellement, la moindre importance.

-- Mais encore ?

-- Je préfère les garder pour moi, elles vous donneraient une piètre opinion de mes collaborateurs.

Rapopos était passé maître dans l’art d’éveiller l’attention et, dans l’atmosphère confinée de son canot, Charlotte grelottait littéralement d’émotion, malgré la chaleur étouffante.

-- Je vais vous le dire, mais à une condition, enchaîna Ramon devant le regard d’André.

-- ( ? )

-- C’est que vous me juriez d’oublier ces balivernes. Juré ?

-- Juré !

-- Voilà ! Certains des chercheurs prétendent même qu’ils ont trouvé dans les données génétiques de notre amie des signes indiquant, sans aucun doute possible, qu’elle aurait, parmi sa ligne ascendante, je ne sais pas trop à quel rang, des ancêtres venus d’ailleurs.

-- Venus d’ailleurs ?

-- Oui, en soucoupes volantes  quoi !

-- Mais c’est insensé, explosa André, vous n’allez pas me dire que vous croyez ça ?

-- Bien sûr que non ! répondit Ramon, je vous avais prévenu.

André trouva que sa voix était un peu bizarre. Il jeta un œil au cruchon posé aux côtés de Ramon dont le niveau avait encore baissé de façon inquiétante. Il pensa : « Pas étonnant, ce pauvre Rapopos est complètement parti, il ne sait plus ce qu’il dit. »

-- Pour en finir avec ce sujet, ajouta Ramon après avoir marqué un temps de silence, mes spécialistes pensent aussi que c’est très important pour nous parce que cela permettra aux différentes communautés d’extraterrestres qui sont établies dans la région des Caraïbes de la reconnaître et de l’épauler dans son entreprise.

-- Mais parfaitement ! Les communautés d’extraterrestres, c’est évident, suis-je assez sot de ne pas y avoir pensé moi-même ! se contenta de répondre André qui s’était fait son opinion sur l’état d’éthylisme de son hôte, mais qui voulait rester poli.

-- Voilà. Je vous en ai certainement beaucoup trop dit pour ce soir, déclara d’une voix légèrement pâteuse Ramon en se levant lourdement de sa chaise longue Mais je suis certain que vous n’avez pas pris tout cela trop au sérieux, je vous avais prévenu. Je vous souhaite la bonne nuit.

  D’un pas qui tanguait un peu, il prit congé de son invité et regagna sa cabine.

Le cruchon perfide

  André resta longtemps immobile, essayant de faire le tri de toutes les informations délirantes qu’il venait d’entendre. Soudain, il aperçut le flacon que Rapopos avait laissé à côté de lui. Il pensa : « Tiens, il n’a même pas emporté sa potion magique. Pas étonnant, dans l’état dans lequel il s’était mis. » Mû par la curiosité, il s’empara de la bouteille et voulut goûter ce breuvage qui avait brouillé la raison du pauvre Ramon. Il eut le choc de sa vie, il dut s’y reprendre à plusieurs fois pour en être certain. Le liquide ambré n’était que du thé froid, adouci de miel. Ramon s’était moqué de lui en simulant l’ivresse. « Mais alors ? Nom de Dieu ! Il était sérieux avec sa généalogie et toute son histoire abracadabrante de rois noirs. Pas avec les ovnis quand même ? Mais alors, pourquoi est-ce qu’il m’a raconté tout cela ? »

  Hors de lui, ayant le sentiment de s’être fait manipuler, il se leva et se mit à faire les cent pas. Tout à coup, il aperçut une forme vêtue de noir qui se faufilait hors d’un canot de sauvetage. Il bondit sur elle, prêt à hurler pour appeler à l’aide.  Il se sentit rapidement immobilisé par une prise de karaté et une main posée sur sa bouche l’empêchait de proférer le moindre son.

-- Tais-toi !  Idiot, c’est moi ! et il sentit un corps féminin qui se collait à lui et une bouche sensuelle qui prenait ses lèvres.

-- Viens par ici, imbécile, lui murmura dans un souffle la voix de Charlotte qui se risquait enfin hors de sa cachette, on sera bien mieux pour discuter.

Et comme par magie, elle le fit basculer par-dessus le bord du canot et ils se retrouvèrent enlacés sur les bâches qui en garnissaient le fond. Ils firent l’amour, longuement, sauvagement, de façon inoubliable. C’était vraiment un pacte qui se signait entre ces deux êtres si différents promis à une aventure commune, à une incroyable aventure.

 

 

 

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