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L'Affaire Siegfried Tome 1 |
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Chapitre 1
Comme une luciole dans une nuit d’été, le mot ‘insolite’ apparut soudain dans l’esprit de Loretta. Il clignota quelques instants telle une enseigne aux néons défectueux et disparut pour reparaître aussitôt. Elle eut le sentiment étrange d’avoir vu, pendant quelques secondes, ce qu’elle n’aurait pas dû voir, d’être passée, un court instant, de l’autre côté du miroir sans tain de la réalité, d’avoir soulevé un coin du voile de Maya. Les deux silhouettes avaient disparu maintenant derrière le bâtiment au toit pointu et, de son observatoire, elle n’avait plus devant elle qu’une scène vide balayée par la pluie glacée. Un orage avait éclaté, au loin, vers les montagnes de Camelback, les éclairs striaient l’horizon et le tonnerre grondait sur Phœnix, Arizona. Pourtant, elle l’aurait juré, cette forme aperçue là en bas, c’était Maria la jeune Mexicaine qui travaillait pour elle depuis quelques mois. Elle parlait avec une inconnue, montrant du doigt la baie vitrée de son appartement du trente-cinquième étage qui surplombe Battery Park dans le centre ville. C’est quand elles avaient vu son ombre, immobile derrière la vitre fumée, qu’elles s’étaient éclipsées prestement comme un hologramme trahi par une coupure de courant. Pourquoi cette impression de malaise qui l’avait envahie ? Le paysage familier qui s’étalait à ses pieds : la ville tentaculaire avec ses tours immenses, ses rues géométriques, buttant sur les montagnes, ses parcs, ses jardins, ses golfs, ses autoroutes, lui apparut soudain comme un manteau trompeur, jeté à la hâte sur les épaules d’une belle un soir de bal, pour en masquer les mystères. Elle eut le sentiment un peu angoissant d’une réalité, invisible à ses yeux, grouillant sous la surface des choses. C’était peut-être à cause de cette journée pendant laquelle s’étaient bousculés les événements. Elle s’absorba dans la contemplation de la vue magique sur Phœnix et ses lointains. Elle aimait cette ville, l’une des mieux gérées du monde d’après les résultats d’un concours international organisé par Schwarzmann, l’un des géants de la communication. En sa qualité d’administrateur de l’Opéra de Flagstaff, elle avait rencontré les responsables de cette firme qui lui avaient paru étrangement prévenants à son égard : des Allemands très corrects. Ils prétendaient se préoccuper du bonheur des hommes, de l’ordre du monde. Corrects, ordre du monde, ces mots la plongèrent, cette fois encore, dans un halo de pensées nauséeuses.
Elle revint à son bureau en ébène de Macassar rehaussé de filets d’ivoire qu’elle avait fait venir tout spécialement de la boutique d’un ébéniste du Faubourg Saint-Antoine spécialiste de Ruhlmann. Sur l’immense écran qui occupait une bonne partie du mur en face d’elle se déroulaient les fastes de Siegfried l’opéra de Wagner. Sous la baguette magistrale de Ryan von Altenberg, nouvelle coqueluche des mélomanes du monde entier, le jeune héros qui ne connaissait pas la peur forgeait son épée dans une furie sonore qui la submergea, l’envahit, la subjugua, vrilla ses nerfs. Troublée, elle effleura de son pied nu, sous le bureau, un palpeur qui lui permit de réduire un peu l’intensité du son venant des sept haut-parleurs répartis dans toute la pièce. Elle se laissa flotter sur la musique et, de nouveau, s’insinua en elle le sentiment vague qu’elle ne percevait, là encore, que la surface du phénomène, que cette musique tant aimée, que cette légende germanique venue du fond des âges, contenaient un message qui lui échappait, chargé de symboles puissants qu’elle n’arrivait pas à déchiffrer. L’écran de son ordinateur affichait en fines lettres noires sur fond nacré, le message de Raoul, venant de l’Internet. Elle relut la prose de cet ami d’enfance, copain de Victor son frère jumeau, ce mauvais sujet qui lui non plus ne connaissait pas la peur, à qui elle ne pensait jamais sans éprouver un curieux frisson. « Loretta ma belle, que deviens-tu ? Joyeux anniversaire et vive la Saint Angèle. Faudra-t-il donc que je vienne un jour forcer ta porte pour savoir si vous m’avez vraiment oublié tous les deux ? Raoul. » La signature automatique mentionnait : Raoul Avelino, Journaliste Freelance Ces lignes l’emplirent de remords : Un jour, bientôt, il faudrait reprendre le contact, renouer quelques liens avec ce passé lointain qui hantait ses nuits et peuplait ses cauchemars. La douleur la fit grimacer. C’était trop stupide, la veille, elle avait glissé sur le bord humide de la piscine, à l’étage supérieur de son triplex et s’était foulé la cheville droite. Une folie cette piscine qu’elle avait voulu installer à la mort de Rupert, son second mari. Pourquoi une folie ? Elle avait les moyens de faire ce qui lui plaisait et personne à qui rendre des comptes. Impossible maintenant d’aller à Colorado Springs faire du ski comme chaque année. Ses amis s’en faisaient une fête, ils lui avaient rappelé le chalet, la neige, la cheminée avec la fausse bûche en paraffine qui brûle sagement, alors que celles au gaz ne brûlent pas du tout, les soirées glacées, les veillées nocturnes. En fait, elle avait horreur de la neige, du froid et préférait ses habitudes à Phœnix, la vie qu’elle s’était organisée. Longtemps elle regarda Siegfried et, quand la partition se termina, elle aperçut dans le générique des images de l’Opéra Bastille. Ce monstre de verre et d’acier n’était pas encore construit quand elle vivait, là-bas, avec Victor, dans le Pourquoi pas ? cette mauvaise péniche au nom ridicule qui prenait l’eau, amarrée en plein cœur de la ville. C’était là qu’elle était née, là qu’elle avait grandi dans cet univers clos, dans ce simulacre dérisoire de bateau synonyme de voyages, de croisières lointaines, d’un ailleurs de rêves et qui ne quittait pratiquement jamais son anneau, misérable gourbi précaire dormant d’un mauvais sommeil dans l’eau croupie du port de l’Arsenal. Il n’y avait alors, sur le site de l’Opéra, que des brasseries qu’il avait fallu démolir pour édifier cet immense vaisseau spatial immobile, échoué pour le reste des temps au bord de la Seine, à Paris sur la Terre. Il y eut ensuite un court reportage et Ryan von Altenberg mentionna qu’il dirigerait pendant l’été le prochain festival Wagner à Flagstaff Arizona. Une pensée furtive dont elle devait se souvenir plus tard, traversa l’esprit de Loretta « Je le verrai donc, je l’ai souhaité tant de fois.» La semaine était terminée, son dernier client Ronald Davidson, le tout puissant patron de la société General-Tobacco, venait de partir. Par suite de cet accident stupide, un week-end solitaire profilait insidieusement son vide béant, un vide à se perdre ; à se perdre ou à se trouver. Encore sous le charme de la musique, son esprit vagabondait, sans but précis. Quel étrange personnage ce Ronald ! Riche, puissant, une carrière exemplaire, le patron incontesté de l’une des plus grandes entreprises du monde, une réussite sans faille. Apparemment le symbole même du rêve américain réalisé. Et pourtant depuis des mois, depuis qu’il l’avait appelée d’une voix hésitante, un soir d’automne, pour lui demander son premier rendez-vous, son image s’était progressivement détériorée, fissurée, comme le portrait de Dorian Gray. Celui qui venait de la quitter ce soir n’avait plus rien d’impérial. L’homme qui était reparti pour son ranch situé à quatre-vingts miles au nord de Phœnix était rongé par le doute, miné par les remords, en pleine dépression, au bord du suicide. Elle se demandait comment elle parviendrait à l’aider. L’argent ne faisait donc pas le bonheur ? Une vérité à ne pas ébruiter dans la société de Phœnix qui s’efforçait avec une énergie touchante et désespérée de prouver le contraire. Il n’était plus maintenant qu’une épave à la dérive, se raccrochant désespérément à Loretta comme à sa dernière bouée de sauvetage. Sa personnalité officielle, qu’il avait su imposer pendant de nombreuses années à la société tout entière, aux médias perpétuellement aux aguets et aussi à ses proches, était en train d’exploser sous la formidable pression d’un passé personnel qui envahissait irrésistiblement ses rêves d’abord et désormais sa conscience éveillée, le précipitant irrémédiablement vers sa propre destruction. Sa mère, désespérée des infidélités répétées de son père, s’était suicidée quand il avait cinq ans. Droguée depuis plusieurs années, elle avait jeté sa voiture sous les roues d’un poids lourd sur l’autoroute. Elle l’avait doublé sous une pluie battante, faisant au chauffeur un grand signe d’adieu, elle s’était rabattue devant lui et avait freiné brutalement. Elle était méconnaissable quand on l’avait retirée des débris fumants de son coupé Mercedes. Ronald avait culpabilisé, recevant sans défenses les accusations d’avoir été un mauvais fils portées par son père qui tentait d’échapper ainsi à ses responsabilités. La guerre de Viêt-nam avait achevé de bouleverser son existence. A vingt-deux ans, lors d’une mission héliportée, il avait dû bombarder au napalm le village où se trouvait la jeune femme qui portait son enfant. Il l’avait vue de son hélicoptère mourir, grosse de huit mois dans les flammes de l’enfer qu’il avait contribué à allumer. Jamais ce souvenir ne devait le quitter. La fortune maudite héritée de son père l’avait mis à la tête de la General-Tobacco, l’une des plus grandes sociétés américaines de production de cigarettes. Peu à peu, pendant des mois, séance après séance, confidence après confession, un feuilleton rocambolesque avait pris forme, dans le bureau feutré de Loretta à l’abri de toutes les oreilles indiscrètes. Une histoire de fraudes, de corruptions, de tromperies et d’intérêts immenses sauvegardés à tout prix, au mépris de la santé des hommes de la planète Terre, de leur vie même, était sortie de l’esprit ravagé de Ronald. Il savait. La profession tout entière savait, depuis plus de vingt ans quels étaient les méfaits réels du tabac et ils n’avaient rien fait, causant directement, par ce silence qui assurait leur fortune, des millions de morts. Infiniment plus que les plus dévastateurs de tous les ouragans nés de la colère de Neptune, plus que les tremblements de terre les plus meurtriers, plus encore que les bombes atomiques qui ont tant marqué la mémoire des hommes. Ils savaient tous et ils n’avaient rien dit. Et Ronald ne supportait plus. Chaque nuit l’interminable théorie des trépassés se levaient pour venir danser autour de sa couche une macabre farandole, lui reprochant leurs existences gâchées, leurs poumons rongés par le cancer dont il aurait pu les sauver s’il avait parlé. Ronald avait d’autres secrets encore qui le minaient de l’intérieur. Ses services de recherche avaient mis au point une formule nouvelle qui permettrait de rompre la dépendance, non seulement au tabac, mais encore aux drogues, à l’alcool et qui permettrait à l’homme de se libérer enfin du conditionnement génétique qui l’asservit depuis ses origines. Ronald avait pensé qu’il pourrait ainsi payer sa dette, réparer le mal qu’il avait causé, mais la profession tout entière s’était opposée à lui, menaçant de le détruire s’il révélait sa formule qui ravagerait des pans entiers de l’économie du monde. Ces derniers assauts avaient achevé de ruiner sa santé mentale. Il n’était plus maintenant qu’une épave à la dérive, se raccrochant désespérément à Loretta comme à sa dernière bouée de sauvetage. Cela faisait partie des misères que ses clients déversaient dans son cœur et qu’elle s’efforçait d’oublier aussi vite, pour ne conserver que le souvenir des aspects médicaux nécessaires au traitement. Elle pouvait prétendre ignorer d’autant plus facilement les détails pratiques, qu’elle avait pour habitude d’enregistrer sur bandes magnétiques toutes les séances, pour pouvoir y revenir en cas de besoin.
Dans la nuit tôt venue de l’hiver, elle éteignit l’écran mural et resta immobile dans la semi-obscurité. La pièce n’était plus éclairée faiblement que par les lumières qui montaient de la ville. Les images de Paris, de la Bastille, du quartier de sa jeunesse l’avaient troublée, elle se laissa envahir par la nostalgie, s’abandonnant à une rêverie vague, cédant au flot de ses souvenirs. Elle avait bien cru tout liquider lors de l’analyse effectuée avec Bruce Bernstein son professeur à l’institut de psychanalyse de Berkeley, pour devenir psychanalyste. Pourtant elle n’en finissait pas de régler ses comptes avec son passé qui ressurgissait dans la solitude de cette soirée d’anniversaire. Des bouffées d’angoisse la submergeaient, irrésistibles comme une rage de dents. Quel personnage complexe ce Marceau, ce gnome difforme et touchant qui prétendait être à la fois leur père et leur mère qu’ils n’avaient jamais connus. Il s’était dévoué pour les jumeaux, leur consacrant sa vie, les élevant dans cette péniche dont elle gardait comme une nostalgie trouble. Avait-il voulu abuser d’elle qui n’avait que huit ans, dans cet univers confiné de la péniche qui se prêtait à toutes les promiscuités ou n’était-ce que la manifestation excessive de la tendresse bourrue d’un être solitaire, désavantagé par la nature ? Victor, déjà violent, déjà sans peur, déjà jaloux, dressé sur ses ergots comme un petit coq avait menacé Marceau de lui exploser la tête pendant qu’il dormirait s’il n’arrêtait pas de lutiner sa sœur. Rien que pour ça, elle l’aurait aimé à la folie ce frère, autre lambeau d’elle-même, dont elle ne pouvait se passer. Une étrange chaleur l’envahit à la pensée de leur vie sous la couette, dans le petit lit où ils étaient tous deux serrés l’un contre l’autre dans le réduit qui leur servait de chambre, au bout de la péniche, avec le clapotis de l’eau qui léchait les parois et l’odeur du goudron, partout répandue. Il lui avait appris bien des choses son Victor, le courage, la tendresse, le plaisir aussi. Quel curieux destin avait été le leur ! Loretta prit d’un mouvement vif un objet en or patiné qui se trouvait sur le grand plateau d’ébène, toujours à portée de sa main. C’était un porte-cigarettes auquel elle était fortement attachée et qui la quittait rarement. Comme elle ne fumait pas, elle l’avait fait transformer en poudrier par un orfèvre de Phœnix. Elle le prenait d’un geste devenu si habituel et si fréquent qu’elle n’en avait pas toujours conscience. Elle aimait se contempler longuement dans la petite glace rajoutée à l’intérieur. Comme la reine du conte, elle tentait d’y trouver conseil et réconfort, elle y cherchait son passé, espérait y découvrir l’avenir. L’histoire étrange et compliquée de cet objet faisait partie de ses souvenirs impérissables. Elle l’avait aperçu un jour, en compagnie de Victor sur la péniche de son enfance, tout au fond de l’armoire de Marceau, coincé entre un pantalon de velours et un maillot de corps blanc rayé de larges bandes noires. Quand ils avaient trouvé ce bijou précieux, si insolite dans la garde robe misérable du maître de la péniche, ils l’avaient longuement contemplé, le retournant sur toutes ses faces. C’est la tête de loup, gravée en noir avec deux petits rubis figurant les yeux cruels du fauve et des escarbilles étincelantes de diamant représentant ses dents aiguisées, qui les avait fascinés. En un pacte immédiatement scellé entre les jumeaux, ils avaient convenu que Marceau ne devrait jamais savoir qu’ils avaient découvert ce trésor caché et ils l’avaient remis en place. Souvent pourtant, ils étaient retournés, au risque de se faire prendre, visiter la cabine de celui qui les traitait de façon parfois imprévisible. Une fois même, ils étaient venus en compagnie de leur grand ami Raoul, confident de tous leurs secrets, pour lui montrer leur découverte. Ils espéraient qu’il saurait leur fournir une explication sur l’origine de ce qu’ils avaient baptisé leur talisman. Raoul avait fait des recherches dans la bibliothèque de sa mère, puis dans celle de l’école des Beaux-Arts où elle était professeur et n’y avait rien trouvé. Jamais Marceau n’avait rien soupçonné et quand, dans la grande crise qui avait bouleversé leur vie, ils avaient quitté le navire, Victor lui avait remis solennellement l’objet qu’ils avaient extrait une dernière fois de sa cachette, lui intimant l’ordre de ne jamais s’en séparer.
Déchirant le silence, la sonnerie du téléphone la fit sursauter violemment. Elle reposa l’objet avant de décrocher le combiné. C’était Ronald qui, à peine rentré chez lui, l’appelait d’une voix bouleversée : -- Désolé de vous déranger si tard, il faut absolument que vous m’aidiez. Je ne sais plus où j’en suis. -- Que se passe-t-il ? Vous paraissiez plus calme quand vous m’avez quitté. -- Je suis complètement perturbé par ce qui se passe ici. Loretta qui l’entendait haleter péniblement au bout du fil attendit patiemment qu’il lui en dise plus long. -- C’est ma filleule Sally, il faudrait que vous la receviez, dès lundi si possible. -- Qu’y a-t-il de si urgent ? -- Je suis un peu confus, j’ai hésité longuement avant de vous en parler, mais je crois que c’est maintenant indispensable. -- (?) -- Je crois qu’elle est en train de devenir folle. C’est une gentille fille un peu fruste, un peu simple qui vit avec moi depuis quelque temps. Elle n’a jamais fait grand chose de valable, elle ne s’intéresse vraiment à rien. Jusqu’ici, elle se contentait de traîner en boite, de boire un peu trop, de jouer au tennis à son club, de faire des promenades à cheval. -- Je ne vois pas là de quoi s’inquiéter, sans quoi nous n’arriverions jamais, mes confrères et moi, à faire face à ces problèmes tant ils sont nombreux. -- Oui, mais maintenant, elle s’est mise à raconter des histoires invraisemblables et elle fait dépression sur dépression. -- Mais quel genre d’histoires ? -- Ecoutez, je préfère qu’elle vous le dise elle-même, mais, je vous en prie c’est urgent, je suis complètement désemparé. -- Peut-elle venir lundi vers trois heures ? Le rendez-vous fut pris et Loretta sentit dans la voix de Ronald qu’elle l’avait soulagé d’un grand poids. Il devenait envahissant ce Ronald, depuis qu’il était entré dans sa vie professionnelle. Mais au fait, comment avait-il déniché ses coordonnées celui-là aussi ? Pourquoi s’était-il adressé à elle qui n’était certes plus une obscure débutante, mais qui n’avait pas la réputation des pontes de la profession, lui, un des hommes d’affaires les plus puissants du pays ? Voilà encore une des interrogations diffuses qui la déstabilisaient un peu. Elle avait vu affluer une clientèle à faire pâlir d’envie ses confrères les plus célèbres. Jamais elle n’avait pu avoir une réponse précise. Aucun d’eux, pas même son second mari qui avait été à l’origine un client, n’avait apporté le moindre indice. Ils esquivaient tous la question n’articulant que des réponses imprécises, inutilisables. Elle avait fini par en rire, par se dire à elle-même que c’était son bon génie, son ange gardien, son mérite personnel aussi pourquoi pas, mais elle n’était pas dupe, pas entièrement du moins. Elle se demandait parfois si elle ne devenait pas un peu paranoïaque. Elle avait tendance à voir, autour des êtres qui l’entouraient, comme une aura mystérieuse qui n’existait peut-être que dans son imagination C’était une sorte de reflet qui les enveloppait d’une faible lumière comme lorsqu’un objet est éclairé par derrière ou que le soleil couchant dessine autour de sa silhouette une frange lumineuse qui lui confère un mystère, une noblesse inconnue, masquant par la même occasion sa réalité. Elle jeta un coup d’œil rapide à la pendule située sur son bureau, une pendule ronde à l’armature dorée qui avait figuré en bonne place dans un yacht célèbre, se leva en boitillant légèrement et s’approcha de la baie vitrée. L’orage était passé maintenant et les lointains nettoyés. Dans la longue nuit d’hiver, la ville scintillait de tous ses feux, étalant la splendeur de son tapis de lumières. Pauvre Ronald, il n’avait vraiment pas besoin de complications supplémentaires. Enfin, c’était la routine. * Envoyez-nous vos commentaires (Merci d'avance) |
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