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Les Frères Toulon: |
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Sa majesté le chat Mister I -- Tiens, nous
n’avons pas encore aperçu Mister I (prononcer ail, comme dans I love you),
remarqua Théo, interrompant sa mastication systématique. -- Ne t’inquiète pas pour ce chat,
le rassura Léa, il ne va pas tarder, je lui ai préparé ses assiettes. Encore ensommeillé, lui
aussi, Mister I fit son apparition à la porte du camping-car. Il descendit
lourdement les marches, renifla prudemment l’herbe qui devait lui envoyer des
milliers de messages secrets, indéchiffrables pour Théo et Léa, s’étira
méthodiquement puis vint s’affaler sur le dos, aux pieds de Théo, posant le
bout de son museau humide sur le gros orteil de son ami. Théo flatta son
ventre roux avec son pied, provoquant ainsi un ronronnement continu de
satisfaction. Léa regardait la scène
d’un œil critique, légèrement réprobateur. Ce chat commençait à l’agacer.
Après tout, c’était son chat, son chat à elle. Pourquoi se permettait-il de
préférer ostensiblement Théo ? Le comble c’est qu’il
avait fallu parlementer ferme pour l’emmener dans leur périple. Monsieur
avait fait des histoires : Il n’était pas très ‘chat’, il avait peur des
allergies, redoutait les corvées que cela pourrait imposer, invoquait les risques
de le perdre. Bref, il avait fallu des trésors de diplomatie et un zeste de
menaces pour que Mister I soit du voyage. -- Et maintenant, voilà le
résultat, pensa Léa avec un rien d’amertume et de jalousie, il n’y en a plus
que pour lui. Quel ingrat cet animal !
Comme s’il sentait la
tension qui montait autour de lui, Mister I était venu, comme à son habitude,
s’installer sur la cuisse droite de Théo. Le train arrière sur la couverture,
les pattes avant sur la hanche de sa nouvelle idole. Les yeux presque fermés,
il fixait le visage de Théo en une muette admiration et ronronnait de
plaisir, son nez légèrement plissé humant l’air frais du matin. Ses pattes,
toutes griffes rétractées, bougeaient doucement sur le T-shirt blanc. Tout à
coup, sans raison aucune, il se mit à mordre la main de Théo qui, sans
ménagement lui signifia son congé. Selon une routine qui se reproduisait
chaque matin, Mister I offusqué alla bouder sur un coussin que Léa avait posé
pour lui sur la couverture. De ses yeux verts, il se mit à contempler d’un
air désabusé la campagne environnante. Mister
I et les recherches généalogiques Par la fenêtre, Théo pouvait
apercevoir le parking où trônait le camping-car qui attirait les regards des
visiteurs. Il observait, sur la plage avant, derrière le grand pare-brise,
Mister I qui faisait sa java. Les généalogistes amateurs en passant venaient
lui faire de grands discours auxquels il ne daignait même pas s’intéresser. « Qu’allons nous faire de
Mister I ? » Sujet sensible qui ressurgissait fréquemment entre
Théo et Léa comme une pomme de discorde. Les thèses des parties
commençaient à être bien connues : « Parce que si on l’enferme, il
va cuire dans son jus sous le soleil. » « Oui, mais si on le laisse
sortir, il va se sauver et on risque de l’appeler pendant des heures au
moment de partir. » La perfidie n’était
plus de mise. L’argument : « Tu crois vraiment que c’était une
bonne idée d’emmener cet animal ? » avait fait long feu depuis très
longtemps. On avait le droit de tout discuter, sauf l’essentiel. Aucun des
deux n’aurait songé, même un court instant, même emporté par la fièvre de la
polémique, à simplement suggérer de voyager sans le chat. Mister I était
devenu une véritable institution. Le problème brûlant : que
faut-il faire de Mister I pendant les arrêts à l’étape avait été évoqué,
discuté longuement et âprement. Il avait reçu des solutions diverses au cours
des temps. A l’heure actuelle, et à la suite de plusieurs fugues qui les
avaient immobilisés trois jours d’affilée, passés à sa recherche, les
positions de la coalition dominante s’étaient durcies et une sorte de
consensus passagèrement définitif semblait s’être établi. Un consensus de
fermeté. Bouclé Mister I. On lui
laissait de l’air par les vasistas du haut, mais pas de chatière favorable
aux escapades sauvages. |
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