
|
Les Frères Toulon : |
|
|
Cyber Scribe : Vous abordez cette fois un sujet historique, ce n'est pas dans la ligne de vos précédents romans qui collaient au contraire à l'actualité la plus brûlante. Il doit bien y avoir une raison. Michel Frapech : C'est un motif essentiellement familial et j'ai reproduit sur ce site un long article qui retrace l'origine de l'affaire et qui explique en quelque sorte la genèse du roman. C.S. Est-ce à dire que les personnages que vous présentez existent dans la réalité ? M.F. Il n'en est rien, Les Frères Toulon restent un roman à part entière, même si le prétexte et certains épisodes ont un support historique. Je n'ai bien entendu pas connu les personnages du dix-huitième siècle. Quant aux personnages modernes, ils n'ont aucun rapport avec des personnes physiques existantes. Ce n'est en aucune manière un roman à clé. De toute manière, les personnages romanesques sont toujours composés de nombreux emprunts et c'est un jeu assez vain que de vouloir mettre des noms et des visages sur eux. C.S. Quel est le départ du roman ? M.F. Un cousin de ma femme l'a appelée un jour : Il avait découvert qu'un de ses ancêtres avait été guillotiné pendant la Terreur. Nous avons mené une enquête approfondie pour reconstituer cette histoire peu banale. L'ancêtre et sont frère, deux pauvres bougres de garde-chasse, ont été dénoncés par de des voisins envieux qu'ils avaient surpris en train de voler du bois dans la forêt de Chambérat. C.S. J'ai lu votre roman, vous en avez fait une histoire extrêmement vivante. J'ai notamment beaucoup aimé les chapitres qui mettent en scène Meunier et Vidal les membres du Conseil de surveillance de Montluçon. M.F. J'ai essayé de reconstituer le climat de l'époque. La Terreur a été l'occasion de toutes les vilenies. Elle nous rappelle les jours les plus noirs de l'occupation allemande où les dénonciations étaient devenues la règle. C.S. Il semble également que le déroulement des procès ait aussi retenu votre attention. M.F. Effectivement, en fouillant les dossiers, nous avons réalisé que les grands procès de l'époque étaient des mascarades fabriquées de toutes pièces et bafouaient tous les droits de la défense. C.S. Vous n'avez pas été tendre pour ce pauvre Robespierre. M.F. C'est un sujet qui fâche et je préfère ne pas m'étendre. Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai été beaucoup moins sévère à son égard que certains écrivains que j'ai rencontrés au cours de mes études préparatoires. C.S. J'au vu qu'elles vous avaient donné l'occasion de revisiter l'histoire de la révolution et que vous en avez profité pour élever une forte protestation contre la peine de mort. M.F. Effectivement, c'est un sujet qui a beaucoup remué les héros. Par ailleurs, dans une des scènes finales qui se passe dans l'Abbaye de Septfonds, ils rencontrent un étrange moine trappiste qui leur tient des propos assez dérangeants. C.S. C'est le moins que l'on puisse dire. M.F. Il voit dans cette période un prélude aux grandes crises qui ont contribué à faire de notre vingtième siècle une période particulièrement sanglante et troublée. Je crois qu'il faut être vigilant si l'on ne veut pas laisser les coquins prendre les commandes. Ce sera d'ailleurs un des grands thèmes des romans qui sont en préparation et que j'aurai le plaisir de vous présenter dans les mois qui viennent. C.S. Je me réjouis d'apprendre que ces projets sont en bonne voie. Je voudrais terminer cette courte interview en vous disant combien j'ai aimé la peinture que vous faites de l'évolution de vos personnages et tout particulièrement celle de Jean-Baptiste Toulon au cours de son grand voyage vers une mort certaine. M.F. Je vous en remercie. L'attitude des hommes devant la mort est un grand révélateur de leur caractère. |
|