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Le
fil de la vie n'est pas coupé à la mort; simplement il passe sur une autre
navette. Liszt |

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Le Syndrome de Fredman |
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Une dure épreuve Il tira un fauteuil et s’assit pour écouter. C'était deux grands types, permanents des syndicats, qu’il avait aperçus par l’œil magique et qui, manifestement, exécutaient les ordres, sans états d’âme particuliers. Le sujet du jour, qu’ils évoquaient pour passer le temps, c’était, de toute évidence, les conflits sociaux et les prises d’otages qui tendaient à devenir leur pain quotidien. Les exemples ne leur manquaient pas et ils en parlaient comme des fans de rock comparent les derniers concerts auxquels ils ont assisté. Pour eux, c’était devenu une activité comme une autre et, au contraire des employés qui culpabilisaient, ils avaient renoncé à se donner bonne conscience. Ils comparaient en connaisseurs : -- Le Crédit Foncier c’était vraiment extra, disait le premier. -- C’était mieux qu’ici ? -- Aucune comparaison, ici c’est du moderne, du béton, froid, sans âme. Là-bas, tu aurais dû voir ça : des salons magnifiques avec des dorures partout ; un bel immeuble ancien, une splendeur. -- Oui moi, rétorquait l’autre qui ne voulait pas être en reste, j’ai beaucoup aimé la grande coupole de la Société Générale, près de l’Opéra. On les avait bloqués là pendant huit jours. C’était une merveille. On se serait cru dans une cathédrale. Le dimanche s’écoulait paisible au son du récit de leurs exploits. -- Avant, ce n’était pas pareil. Ils ne toléraient pas, les patrons. Quand on voulait les enfermer chez eux, les empêcher de sortir, ils avaient vite fait de nous envoyer les C.R.S. et il y avait intérêt à se sauver en vitesse, si l’on ne voulait pas prendre des coups dans la bagarre. J’ai un cousin qui a perdu un œil dans une mauvaise histoire identique à celle-là, il n’a jamais pu avoir d’indemnité. Il s’est même fait foutre à la porte pas son syndicat qui ne voulait pas de problèmes. -- Oui, je sais. Maintenant, c’est différent. On dirait qu’ils s’y attendent, aux prises d’otages ; qu’ils aiment ça ! Ils se solidarisent même avec les grévistes en déclarant, à qui veut les entendre, qu’ils sont convenablement traités et que les revendications du personnel sont légitimes, etc. -- Et pourtant, je te pose la question ! Qu'est-ce que l’on pourrait faire s’ils voulaient vraiment résister et se sauver ? On ne va pas les tirer comme des lapins tout de même ? Pierre eut envie de les prendre au mot, de forcer la porte et de se ruer vers la sortie. Il renonça très vite, faute de motivation véritable. Il ne voulait pas se créer trop de problèmes et recula devant l’immensité des complications qu’il allait déclencher en n’adoptant pas la conduite stéréotypée que l’on attendait de lui. -- As-tu vu, récemment, tous les employés des transports en commun des grandes villes, continuaient les autres, ils se sont mis en grève pour réclamer la retraite à cinquante-cinq ans ? -- Ils ont raison. Les gars de la SNCF, ils l’ont bien eue, eux, la retraite à cinquante-cinq ans. Alors, pourquoi pas les autres. Les cheminots, ils nous ont tous bloqués pendant un mois et ensuite, on leur a donné tout ce qu’ils voulaient. -- Oui, je sais, en fait, il n’y a qu’à demander. |
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