Le fil de la vie n'est pas coupé à la mort; simplement il passe sur une autre navette. Liszt

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Le Syndrome de Fredman

Le voyage au Pérou

 

 

 

Les lignes de Nazca

Regarde Maman ! la grosse araignée hurlait Claire le nez collé à la vitre du petit avion au moteur toussotant qui survolait ce que les spécialistes ont dénommé le plus grand cahier de brouillon du monde.

  Anna se pencha par-dessus l'épaule de sa fille et admira la figure géométrique, une araignée de 45 mètres qu'elle mitrailla avec ardeur.

-- C’est une espèce très rare, s'empressa de préciser Harris le pilote dans le micro du bord, on ne la trouve que dans les endroits retirés de l’Amazonie. Le dessin est absolument parfait.

On distingue nettement l’organe de reproduction de l’araignée à l’extrémité d’une de ses pattes de gauche. Pour le remarquer sur l’animal, il faut un microscope. Ce n’est pas visible à l’œil nu. Et pourtant c’est là, parfaitement représenté.

-- Croyez-vous que les Indiens Nazca avaient des microscopes ? hurla presque Anna pour arriver à se faire entendre dans le vrombissement furieux du moteur.

 Harris le pilote américain qui les avait pris en charge à l'hôtel Nazca Lines haussa les épaules sans répondre. Il avait rarement entendu des exclamations aussi enthousiastes.

  Le petit zinc, une avionnette, d’après le prospectus commercial, avait rapidement pris de la hauteur et survolait maintenant ce territoire d’environ cinq cents kilomètres carrés qui fait courir la Terre entière et constitue pour tous les spécialistes une énigme insoluble.

  Ce Harris, une véritable encyclopédie volante, faisait ce travail depuis huit ans déjà. Il connaissait son job. Il effectuait d’abord un premier passage, faisant remarquer les immenses lignes rectilignes dont certaines s’étendent sur soixante-cinq kilomètres, toutes droites, sans une déviation, passant par-dessus les montagnes, descendant dans les vallées, sans se détourner d’un pouce.

-- Regardez ! Devant vous, expliquait-il à ses passagères, on dirait un champ d’aviation géant et pourtant, le sol est beaucoup trop meuble pour qu’un avion quelconque puisse atterrir. Vous remarquez comme le temps est clair, c'est que le site a été choisi avec un soin extrême. Compte tenu de l’altitude, jamais les brumes de la mer n’atteignent le plateau. La visibilité est pratiquement parfaite, en toute saison. Je peux vous en parler savamment. Le soleil brille en permanence et les nuits sont très claires.

-- Mais comment sont dessinées les lignes ? s’émerveilla Anna.

-- Ceux qui ont réalisé ces tracés, il y a au moins deux mille ans, ont enlevé les pierres de la pampa, ce qui a découvert le gypse jaune qui se trouve dessous, répondit Harris qu'aucune question ne semblait embarrasser.

-- Et qui a effectué ce travail de titan ?

-- Personne ne le sait. Les indiens Nazca ont vécu ici, longtemps avant les Incas, de 500 avant Jésus-Christ jusqu’à 500 après. Ce sont eux qui ont laissé les poteries et les céramiques qui font la renommée de la province. Ce sont peut-être eux qui ont tracé les lignes, mais personne n’en est sûr.

  Dans le ronronnement assourdissant du moteur, il continuait ses explications, imperturbable. Anna sentit qu’il aimait cette région et ses mystères.

-- Quand on est au sol, on ne peut pratiquement rien distinguer, alors comment ont-ils pu se guider pour tracer ces lignes parfaites ? questionna Anna.

-- Cela fait partie des énigmes. On a retrouvé des dessins de ballons dirigeables sur des poteries et des savants prétendent que c’est de cette manière qu’ils pouvaient diriger le travail. Personnellement, je n’y crois pas.

-- Et depuis quand, connaît-on ces lignes ?

  Harris lui raconta la saga de Nazca : C’est en 1939 qu’un savant américain, le Docteur Paul Kosok est arrivé. Avant lui, on pensait qu’il s’agissait d’un ancien système d’irrigation. Il s’est vite aperçu que l’eau ne pouvait pas circuler dans ces lignes qui n’étaient nullement conçues à cet effet. Il a survolé la zone, vers la fin juin, au moment du solstice d’hiver. La première forme qu’il a aperçue était celle d’un oiseau. En repassant après coup, il a réalisé que la plupart de ces lignes pointaient vers le coucher du soleil. C’est la raison pour laquelle il a écrit que l’on était là, en présence du plus grand livre d’astronomie jamais écrit. Mais, c’est Maria Reiche qui a vraiment fait connaître le phénomène. Cette jeune mathématicienne allemande était venue au Pérou, quelques années auparavant, pour enseigner l’allemand aux enfants du Consul d’Allemagne à Cuzco. Elle a rencontré Kosok et lui a servi d’interprète pendant ses conférences sur le site.

  Avec son accord, elle a décidé d’y consacrer sa vie. Elle a étudié la présentation des dessins et a établi que l’unité de mesure qui se retrouve partout est la longueur d’un mètre trente qui sépare le bout des doigts d’un homme debout, les bras étendus.

  Anna, en entendant ce récit ne put s’empêcher de penser au dessin de Léonard de Vinci qui avait fait de cette figure la mesure de toute chose. Etait-ce la raison pour laquelle on avait inclus le dessin du père de la Joconde dans les messages que les Terriens ont adressés à d’hypothétiques extraterrestres ?

-- Pour Maria Reiche, il s’agissait d’une écriture symbolique, en relation avec le mouvement des planètes.

  Anna songea à ces Indiens nus qui vivaient avant la naissance de Jésus Christ et qui avaient une si profonde maîtrise des mouvements de l’univers.

-- Vous savez, leur dit Harris, je n’ai pas connu Maria, mais seulement sa fille Renate qui a fait, longtemps, des conférences sur les travaux de sa mère.

  Harris était intarissable et signalait les différents dessins. Il y avait dix-huit oiseaux différents dont la taille allait de vingt-cinq à deux cent soixante-quinze mètres de long.

-- Regardez le lézard, il mesure cent quatre-vingt mètres.

  Claire et Anna pouvaient apercevoir, se déroulant sous les ailes du petit biplan dont l'ombre se déplaçait lentement sur le sol, une faune variée, un singe, un chien, une baleine, un condor des Andes. Harris leur montra également une fleur, un arbre et même un homme auréolé. Tous ces dessins, d’une netteté parfaite, immédiatement reconnaissables, semblaient avoir été tracés avant les lignes principales dont certaines les coupaient.

  Claire, émerveillée, hors d’elle, ponctuait chaque découverte en hurlant presque, pour se faire entendre :

-- Oh ! Une araignée, oh ! Un lézard ! Regarde l’oiseau ! C’est quoi un condor ?

  Elle emmagasinait ces merveilles qui alimenteraient ses questions pendant des jours et des jours.

Harry s'informe

-- Croyez-vous que les Indiens de Nazca disposaient de microscopes ? avait demandé Pierre en survolant l’araignée. Harris avait haussé les épaules en signe d'ignorance, se bornant à faire remarquer à son client qu'on lui avait posé la même question quelques jours auparavant. Voilà une énigme qui allait hanter Pierre pendant longtemps.

-- Et à quoi servaient ces lignes ? demanda Pierre.

-- Je ne sais pas, diverses hypothèses ont été formulées. Je serais très étonné qu’ils aient fait cela, juste pour s’amuser. Certains disent qu’elles permettaient de diriger des vaisseaux spatiaux et de leur fournir des repères.

-- Vous croyez aux extraterrestres ? demanda Pierre.

-- Et vous ? fut la seule réponse du pilote qui avait pris pour conduite de ne pas donner d’avis personnel sur un tel sujet.

 

 

 

Pour une visite guidée, il vous suffit de cliquer sur le mot suite en bas et à droite de chaque page. Bonne promenade !

 

 

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