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Le
fil de la vie n'est pas coupé à la mort; simplement il passe sur une autre
navette. Liszt |

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Le Syndrome de Fredman |
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Le centre du monde inca -- C’est à Cuzco, au point
précis où nous sommes actuellement, qu’aboutissaient toutes les routes de
l’Empire, du temps de sa splendeur. Elles convergeaient vers la Grande Place
de Cuzco. Le réseau s’articulait autour de deux axes principaux : -- Mais il s’agit de prouesses
techniques invraisemblables, s’exclamèrent en chœur Pierre et Tim, un
journaliste qu’ils avaient pris en stop, la veille, dans les ruines du Machu
Picchu, répondant à Maggy intarissable sur les merveilles de cette ville
étonnante. Le soleil était haut
dans le ciel et l’air était frais et tonique dans ce site montagneux si
prestigieux, bâti il y a des milliers d’années, longtemps avant les Incas. -- C’était en effet le
résultat d’un travail immense, confirma Maggy, de nombreuses routes
secondaires complétaient ce maillage très dense. Des ponts innombrables
avaient été construits au-dessus des ravins vertigineux que vous avez
aperçus. Cinq cents ans après leur construction, certains de ces ouvrages
sont encore en service, ce qui en dit long sur la science des ingénieurs qui
les ont édifiés. Le pays inca était desservi par une Poste Impériale, civile
et militaire. Des courriers se relayaient de cinq kilomètres en cinq
kilomètres. Alors qu’aujourd’hui vous pouvez rouler des heures sans trouver
le moindre refuge, les routes pavées étaient jalonnées de relais où les
voyageurs pouvaient séjourner et se reposer. -- Avons découvert aujourd’hui
tous leurs travaux ? demanda Tim. -- Je suis sûre du contraire.
Il existe parait-il dans les forêts du nord, au-dessus de trois mille mètres
d’altitude, de très nombreux sites précolombiens dont seul un petit nombre
ont été retrouvés. Ils auraient été construits par de mystérieux descendants
des Vikings. -- Des Vikings ? -- Oui, l’un des rares
emplacements qui peut être visité, le site de Kuelap est tellement
gigantesque que les pyramides égyptiennes de Gizeh y passeraient presque
inaperçues. La plupart de ces sites seraient enfouis dans la forêt et
attendraient patiemment d’être découverts. -- La citadelle de Sachsahuaman
qui domine Cuzco aurait été construite, selon certains historiens, par les
Incas au quinzième siècle de notre ère. En fait, des recherches récentes
laissent penser que son édification est très ancienne et remonterait, au
contraire, à plusieurs milliers d’années. Les moindres blocs de pierre pèsent
vingt tonnes et d’autres deux cents et même trois cents tonnes. Résultat, ces
constructions ont résisté aux secousses sismiques les plus violentes et sont
toujours debout alors que les maisons édifiées par les Espagnols se sont
effondrées depuis longtemps. Une bâtisse de pierre et de ciment ne dure
qu’une centaine d’années alors que les monuments du Machu Picchu resteront
debout pendant des millénaires. Par fierté nationale,
Pierre s’abstint de mentionner l’exemple de la Grande Arche de la Défense à
Paris, ce fleuron de la technologie moderne, qui commençait à se lézarder
quelques années à peine après son achèvement et qu’il fallait périodiquement
évacuer par sécurité. -- Certains de ces blocs,
continua Maggy, auraient été extraits de carrières situées à des milliers de
kilomètres et leur seul transport constitue un mystère qui n’est pas près
d’être élucidé. -- Les historiens prétendent
qu’ils étaient traînés par des milliers d’hommes, intervint Tim, se ralliant ainsi
aux tentatives d’explications réalistes. -- Imaginez-vous ce que
représente le charroi d’un bloc de granit de trois cents tonnes à trois mille
mètres d’altitude, demanda Pierre d’une voix teintée d’ironie ? Il y eut un silence.
C’était impossible à concevoir. Les Grecs, pour remédier à leur ignorance des
lois de l’univers, avaient prétendu que le soleil évoluait dans le ciel tiré
par un char à quatre chevaux. Les milliers d’hommes, attelés à des cordes
pour traîner ces blocs gigantesques, sortis de l'esprit fertile des
historiens en quête d’une explication plausible, ne devaient pas avoir plus
de réalité que le char qui entraînait le soleil dans sa course. La vérité
restait à découvrir. -- Je vois que tu ne crois pas
du tout à ma version, soupira Maggy en se tournant vers Pierre. Vas-tu nous
resservir l’histoire du 747 et des Papous ? -- La technique des
architectes quels qu’ils soient était parfaite, continua-t-elle résignée, ces
blocs monstrueux, pesant plusieurs centaines de tonnes, sont ajustés, au
millimètre près, sans mortier. Ils sont si parfaitement encastrés les uns
dans les autres, que les joints sont à peine visibles et qu’il est absolument
impossible d’y glisser même la lame d’un couteau. Nous irons voir, bientôt la
célèbre pierre aux douze angles qui est un exemple parfait de ces exploits
techniques. C’est une des constantes de cette architecture cyclopéenne. On la
retrouve dans toute l’Amérique du Sud ainsi que dans les monuments de l’île
de Pâques. -- Mais comment était-il
possible de superposer ainsi ces blocs immenses qui sont situés parfois à
vingt mètres du sol et de les disposer avec une telle précision ? demanda Tim
de plus en plus intrigué. -- C’est une des innombrables
questions sans réponses, se borna à déclarer Maggy. -- Si, un
jour, nous arrivons à résoudre cette énigme, insista Pierre, il est possible que nos ingénieurs
perdent de leur superbe et voient s’ouvrir des perspectives inouïes sur les
possibilités de l’homme. Ce qui me frappe tout particulièrement, c’est le
caractère gratuit de ces performances. En effet, il n’est nullement
indispensable, pour ériger un monument, d’employer des blocs immenses de deux
cents tonnes comme ceux que l’on trouve partout ici comme au Machu Picchu ou
dans de nombreux autres sites. Il est tout à fait possible d'élever des
édifices merveilleux constitués uniquement de blocs qu’un ou deux hommes
peuvent transporter sans problème. C’est ce que nous ont démontré, notamment,
les bâtisseurs de cathédrales. -- Je suis d’accord, mais où
voulez-vous en venir ? demanda Tim songeur. -- Un bloc de pierre de deux
cents tonnes, expliqua Pierre, pèse approximativement le poids de trois mille
hommes, soit dix fois plus que les blocs utilisés dans les pyramides
d’Egypte. Il faudrait donc, au moins, trois mille personnes pour traîner
chaque bloc le long d’une route plate. Je ne parle pas de lui faire passer un
col à quatre mille mètres d’altitude ou de le hisser à vingt mètres de haut.
Je vois mal trois mille hommes se faire la courte échelle avec une montagne
au bout des bras. C’est inconcevable. -- Je n’arrive toujours pas à
comprendre ce que vous voulez prouver, grogna Tim. -- Je ne veux rien prouver,
répliqua Pierre, j’en arrive simplement à la conclusion que, si une telle
performance surhumaine n’est ni indispensable, ni nécessaire et qu’elle a
pourtant été accomplie de façon aussi courante, j’allais dire aussi banale,
dans la plupart des constructions que nous retrouvons, c’est... Ils le
regardaient tous les deux, comme si une conclusion capitale allait sortir de
ce raisonnement. -- C’est que, pour ces
bâtisseurs, ce n’était pas du tout une prouesse, mais qu’il était pour eux
aussi facile de déplacer ces pans de montagne que pour nous de transporter un
jerrican d’essence et qu’autrement, ils ne l’auraient jamais fait. -- Mais par quels moyens ?
demandèrent Tim et Maggy d’une même voix. -- J’aimerais le savoir, admit
Pierre, les laissant ainsi sur leur faim. -- Vous
pensez à la lévitation, à l'anti-gravité ? -- Je ne sais pas, je ne
dispose que de la seule logique, mais c’est grâce à elle que l’homme a mis la
terre à son service. Je me borne à constater que des travaux totalement
impossibles à reproduire aujourd’hui par nos techniciens les plus doués ont
été accomplis dans le passé non pas une fois, non pas dix fois, mais un si
grand nombre de fois qu’il est pratiquement impossible de les compter. Je me
contente de relever cette contradiction. Un point c’est tout. -- Je comprends votre point de
vue. Un exploit inhumain, impossible à imaginer, qu’aucune hypothèse ne
permet d’expliquer est accompli, régulièrement, sans justification réelle
puisque l’on aurait pu construire tout autrement. Votre conclusion c’est que
les techniques et les moyens nécessaires pour réaliser ces hauts faits, sans
pratiquement aucune dépense physique, étaient disponibles à cette époque. -- Quelle autre
hypothèse ? répondit Pierre, pour expliquer l’édification d’une ville
entière comme le Machu Picchu dans un endroit où vous avez eu du mal à monter
votre sac à dos ? Cette question n’obtint
pas plus d’écho que les autres. Pierre réalisa qu’il commençait à arrondir sa
collection de problèmes non résolus et que s’il parvenait à les coordonner, à
en faire un ensemble cohérent, il finirait vraisemblablement par en sortir
une révélation inouïe. Laquelle ? Il comprit que cela aussi faisait partie
des énigmes. Ils continuèrent leur
visite sous la conduite experte de Maggy, mais cette idée n’allait pas le
quitter de sitôt. |
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