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Le
fil de la vie n'est pas coupé à la mort; simplement il passe sur une autre
navette. Liszt |

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Le Montage Magique : |
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L'allongement de la vie humaine Gainée dans une robe de soie bleu turquoise, Charlotte se leva et commença son exposé -- Selon les spécialistes de la santé, ceux d’entre nous qui atteindront sains et saufs l’année 2010 auront les meilleures chances de poursuivre leur voyage ici-bas pendant encore de longues décennies. Les progrès qui s’annoncent bouleverseront, en effet, la plupart des données de la démographie traditionnelle. La mâtine s’amusait toujours de voir ses auditeurs calculer sur leurs doigts, avec une certaine fébrilité, quel serait leur âge en l’an de grâce 2010 et leur mimique de satisfaction en constatant qu’ils avaient une chance de profiter de cette aubaine. L'évolution démographique -- La Terre compte, aujourd’hui, près de six milliards d’habitants. Savez-vous combien nous aurons de passagers à bord de notre planète en 2050? Elle promena un regard interrogateur sur les assistants. -- Au moins sept milliards, avança Lord Bincroft. -- C’est plus, affirma-t-elle, jouant avec leurs nerfs. Nous serons, dans cinquante ans, dix milliards et c’est certainement une évaluation modérée. Devant la surprise générale, elle dut expliquer que l’espérance de vie, dopée par l’amélioration des conditions d’hygiène et les progrès de la médecine, faisait de décennie en décennie des bonds spectaculaires. Où les loger ? -- Qu’allons-nous devenir et où seront logés ces dix milliards d’individus que vous prévoyez dans les cinquante ans à venir ? s’enquit le Saoudien avec une certaine inquiétude dans la voix. La suite de l’exposé fut plutôt rassurante. Il faisait ressortir que si certaines agglomérations comme New York ou Hong Kong affichaient une densité record, la moyenne actuelle du globe n’était, en fait, que de 40 habitants au kilomètre carré ce qui laissait une marge confortable de progression pour l’avenir. Les auditeurs convinrent facilement du fait que d’immenses étendues terrestres apparaissaient comme de véritables déserts pratiquement vides d’habitants. -- Mais alors, s’exclama lord Bincroft, la population peut donc doubler ou tripler sans déclencher une catastrophe écologique, ainsi que le prétendent les esprits chagrins. Il voyait, avec jubilation, se multiplier rapidement les clients potentiels de ses opérations de finance électronique et se frottait les mains de satisfaction à la perspective de ce que certains semblaient redouter avec une telle terreur. -- Nous en sommes persuadés, confirma Charlotte. -- Comment vont se répartir toutes ces femmes et tous ces hommes, que feront-ils ? demanda le Saoudien. Réduction dramatique du temps de travail -- C’est là que les choses se compliquent. Nous avons tous en effet l’habitude de penser que les personnes valides, se consacrant à la production et aux activités professionnelles, constituent la majorité d’une population. Devant son auditoire attentif, Charlotte expliqua clairement que cette conception, héritée de la période industrielle du dix-neuvième siècle étant en train de devenir rapidement caduque. -- Les prévisions montrent, affirma-t-elle, que bientôt sur les dix milliards d’humains, une faible minorité seulement - de dix à quinze pour cent - travailleront, au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Pour étayer sa thèse, elle mentionna une étude récente des Nations Unies qui prévoyait que la force de travail de l’Union Européenne se contracterait de cinq et demi pour cent par an au cours des trente prochaines années. Ce mouvement régulier et irréversible était notamment dû aux progrès constants de la productivité du travail. Quand elle fit une pause, un silence gêné régnait dans le salon. A travers les baies vitrées, on n’apercevait que la mer bleue à l’infini et les mouettes qui suivaient le cruiser. Que faire d'autre ? -- Mais que feront les huit à neuf milliards d’oisifs que vous nous annoncez ? insista le Saoudien, résumant ainsi l’interrogation générale. -- Cinq milliards environ seront en âge de poursuivre leurs études ou trop jeunes pour le faire et trois à quatre milliards seront en retraite ou en congés sabbatiques. -- Et à quoi passeront-ils leur temps ? demanda nerveusement le prince arabe. -- C’est justement pour en discuter que nous sommes réunis aujourd’hui, intervint Ramon. Cette remarque détendit l’atmosphère et ils se regardèrent en se frottant les mains, tels des maquignons dans une foire aux bestiaux. Charlotte, poursuivant sa présentation, révéla que l’activité humaine présentant à ce jour le plus fort taux de croissance était, sans conteste le tourisme, les voyages. L'explosion du tourisme -- Dès maintenant, le tourisme occupe plus de 250 millions de personnes et les études prospectives de l’UNESCO montrent que dans les dix ans à venir, près de 130 millions de postes de travail supplémentaires seront créés pour répondre aux besoins. Avec une énergie à bas prix et le développement inouï du transport aérien que nous allons connaître, la planète va ressembler beaucoup plus à un fantastique réseau de Clubs Méditerranée qu’aux usines sinistres imaginées par Charlie Chaplin dans les Temps modernes. Charlotte tenait définitivement son auditoire. -- Et quelle sera la destination préférée de ces voyageurs ? poursuivit-elle. Croyez-vous qu’ils iront en masse s’installer au Sahara pour jouir des tempêtes de sable ou dans les plaines du Canada qui comptent onze mois de chauffage pour un mois de moustiques ? Ils avaient compris, le message était passé. -- Regardez autour de vous, nous nous trouvons dans un paradis climatique. Il fait beau pratiquement chaque jour de l’année, la température varie de vingt-six degrés l’hiver à vingt-neuf degrés l’été, les vents alizés entretiennent une douce fraîcheur, l’eau est pure et se prête à tous les sports nautiques. Faisant effectuer à sa petite torche lumineuse une courbe circulaire autour de la carte de la Mer des Caraïbes affichée sur le panneau lumineux, elle continua : Le nouveau centre du monde -- Vous voyez ici, le futur centre du monde, celui vers lequel vont se déplacer, en une nouvelle ruée vers l’or, les milliards d’individus en quête d’une résidence pour abriter leurs vieux jours ou simplement pour passer leurs vacances entre deux stages dans une activité productrice. Et qui sera là pour les accueillir et les bichonner ? Nous, Vous mes amis. Les sourires des assistants traduisaient bien leur satisfaction. -- Comment loger une telle foule ? s’inquiéta le Saoudien, il n’y a pas de territoire suffisamment vaste à part Cuba et les terrains sont en quantités limitées, ils vont devenir hors de prix. Nous allons assister à une course au front de mer comme en Floride. Ramon et Suzanne se regardèrent en souriant. La réunion prenait bien l’allure qu’ils avaient prévue. -- Nous sommes heureux que vous évoquiez ce point. Nous allons vous projeter un petit film qui devrait vous apporter des réponses satisfaisantes. En quelques secondes, les rideaux électriques obscurcirent automatiquement la pièce, et les bandes vidéo, provenant de la fondation de l’île de la jeunesse, qui montraient les différents prototypes de plates-formes nautiques furent projetées. Lorsque la lumière revint, un silence impressionnant régnait. -- Alors, êtes-vous rassurés mes amis ? Est-ce que cela répond à votre attente ? interrogea Rapopos. -- Ramon, vous êtes un magicien. Quand commençons-nous ? -- Le processus est déjà démarré, répondit-il. Nous allons fonder bientôt cet Etat Semoa qui nous tient tant à cœur et dont vous serez, je n’en doute pas, les pères fondateurs. Semoa sera le fer de lance de cette organisation, il nouera des liens pacifiques avec tous les pays de la Mer des Caraïbes et des nations qui la bordent. N’ayant pas à résoudre les contradictions nées du passé, il connaîtra une expansion sans précédent et beaucoup d’hommes de bonne volonté, excédés par les tracasseries de leurs nations totalitaires, viendront nous rejoindre et nous apporter le concours de leur talent. L’idée d’être à l’origine d’un tel Etat plaisait énormément aux trois VIP qui donnèrent leur accord inconditionnel au projet. La partie semblait bien engagée. Les artisans de cette réunion se regardèrent et c’est Suzanne qui donna le signal. Elle se leva et, lentement, se tournant vers les trois hommes, elle se mit à les applaudir et tous reprirent en cadence. Les ressources du nouvel étatL’évolution de la société sous les coups de butoir du progrès scientifique désignait de façon évidente les activités économiques qui permettraient à leur nouvel Etat, débarrassé des contraintes du passé de prospérer rapidement. Des noms magiques faisaient la ronde dans leurs cerveaux pareils aux danseuses de Matisse qui se donnent la main dans une farandole effrénée : électronique, télématique, multimédia, télécommunication, tourisme, culture, spectacle, éducation, nanotechnologie, fusion froide, écologie, finance créative, fiscalité zéro. Ces termes, chargés de sens, de valeur, porteurs de message et d’espérance virevoltaient devant eux, lourds de tous les espoirs qu’ils contenaient, des efforts innombrables qu’ils symbolisaient, du travail de ceux qui, par milliers y avaient consacré leurs vies et leur ferveur. Ces seuls mots étaient plus expressifs que de longs exposés, ils apportaient, par leur magie, la réponse aux problèmes soulevés. Suscitées par cet enthousiasme, d’autres expressions apparurent lancées au hasard par les uns et les autres, dans une formidable séance de brainstorming. En vrac, on retrouvait tous les attributs d’une nation, tout ce qui permet de la distinguer de ses sœurs. Admission à l’ONU, Constitution, drapeau, hymne national, devise, emblème, animal, plante favorite, et, plus concrètement : droit aux satellites spatiaux, eaux territoriales, pavillon national, privilèges diplomatiques, banque centrale battant monnaie, emprunts à la Banque Mondiale, Bourse des valeurs, paradis fiscal, droit d’asile. Le délire les tint la journée entière et la grande ourse les vit manier encore tous les paradoxes, émettre toutes les hypothèses, sonder tous les possibles. Aux environs de minuit, les hôtes, épuisés, ivres de paroles et de rêves, se dispersèrent, regagnant leurs cabines.
Un programme de gouvernement -- Que lisez-vous ? demanda le Saoudien à Edouard allongé sur un transat en s’approchant de lui et il se mit à lire par-dessus son épaule : « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant. Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution. » -- C’est un texte des Libertarians ? questionna le Saoudien très intéressé. -- Non, c’est de Jean-Jacques Rousseau qui est mort en 1778, répondit Edouard en souriant. Les autres qui s’étaient approchés pour écouter apprécièrent en riant. -- Je crois que personne ne pourra mieux décrire ce que nous voulons faire, déclara Rapopos en mode de conclusion,
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