La vérité, si fine qu’elle soit, ne casse jamais, elle nage sur le mensonge comme l’huile au-dessus de l’eau.

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Le Montage Magique :

La Fusion Froide

 

 

 

Soudain, André réalisa qu’ils avaient changé de sujet. Ils évoquaient maintenant la fusion froide, une des anomalies les plus disputées dans l’histoire des sciences.

  Il essaya de rassembler ses souvenirs d’étudiant :  Il y a la fusion chaude, celle d’où provient l’énergie du soleil et des étoiles. Elle intervient à des températures de l’ordre de quinze millions de degrés. Il se souvenait de ses cours : Les savants avaient dépensé des milliards de dollars pour tenter de reproduire sur terre les réactions qui ont lieu dans le soleil et cela sans aucun résultat pratique.

Pons et Fleischmann

  Il avait entendu parler, comme tout le monde, de Pons et Fleischmann, les deux savants qui avaient fait, au printemps 89, lorsqu’il était encore en Californie, un véritable esclandre dans une conférence de presse. Il tenta de se souvenir, ce devait être dans l’Utah, oui, c’est ça, le pays des Mormons, l’université de Salt Lake City. « Que prétendaient-t-ils au juste ? - il faisait des efforts pour stimuler sa mémoire - Ah oui ! Qu’ils pouvaient, à température ambiante, déclencher une espèce de réaction atomique produisant plus d’énergie qu’elle n’en consommait. »

  Ses souvenirs n’étaient pas très précis. De toute manière, ils s’étaient fait vertement rabrouer par leurs confrères. C’était tout simplement impossible ; ils avaient tous été catégoriques. Surtout ceux de la Société Américaine de Physique de Baltimore et ceux de la Caltech de Pasadena en Californie. Parmi les arguments avancés, ils avaient surtout fait valoir qu’il n’était pas facile de reproduire ces résultats. « Pourtant, pensa André, il y a dans la nature des phénomènes comme les éclairs, la foudre, les ouragans, que l’on ne sait pas reproduire à volonté. Il ne viendrait à l’idée de personne de raconter qu’ils n’existent pas. Bizarres ces savants ! »

Une vieille lune qui ressurgit

Il était persuadé que cette vieille lune était morte et enterrée. Et pourtant tous, là en bas pour une fois d’accord, ils avaient l’air de prendre les choses au sérieux.

-- Où en sommes-nous à ce jour ? voulut savoir le spécialiste de la nanotechnologie, si tranchant tout à l’heure, et qui était redevenu prudent en s’aventurant hors de son territoire.

-- C’est toujours un phénomène aussi inexplicable, une réaction impossible selon la théorie, mais cela marche. Et de mieux en mieux encore. Les opposants se font de plus en plus discrets et de nombreux laboratoires ont repris les expériences et ont réussi à les dupliquer.

-- Quels sont les leaders aujourd’hui ?

-- Cela ne vous étonnera qu’à moitié, ce sont les Japonais. Le grand maître est le Docteur Hidea Ikegami de l’Institut National des Sciences de la fusion à Nagoya. Toyota a construit à Sophia Antipolis un laboratoire de recherche flambant neuf pour que Pons et Fleischmann puissent continuer leurs recherches.

André frémit un peu, les Japonais, les yakuzas, s’ils s’emparaient de cela, ce serait le comble.

Une énergie gratuite

-- Cela veut donc dire qu’à plus ou moins longue échéance, nous allons disposer d’une énergie quasi gratuite ? mais c’est fantastique.

-- Extraordinaire, en effet, et l’on n’a pas fini d’en décliner toutes les conséquences.

André s’attendait à des protestations, à des levées de boucliers devant cette affirmation tranquille. Il en eut le souffle coupé, il ne se passait rien. Tous ces savants, qui suivaient jour après jour les développements scientifiques, semblaient d’accord sur ce point inouï.

  Pour lui, la fusion froide, l’énergie gratuite, c’était un peu comparable aux extraterrestres, un sujet sur lequel il était impossible de rien savoir de définitif comme à Roswell par exemple : D’abord, c’est une soucoupe volante qui est tombée ; et puis mais non, pas du tout, c’est un ballon d’observation météorologique, ensuite on a trouvé des spationautes venant d’ailleurs, finalement, c’était pour rire.

Mais là, sur ce sujet précis, il avait enfin la preuve, apportée par ce que l’on comptait de plus sérieux dans le domaine. C’était incroyable. Il en resta comme prostré.

Des hommes en colère. 

En bas, la belle entente était terminée, ils jouaient un remake de Douze hommes en colère. Ayant perdu le fil, il essaya de recoller au peloton. En fait, cela ne remettait rien de fondamental en cause, ils ne contestaient pas les faits qui, pour eux, semblaient clairement établis.

« Mais, ma parole, ils sont tous en train de se disputer pour savoir de quelle façon ils vont présenter ça aux pauvres péquins. » Il suivit attentivement les débats. « En fait bravo ! Comme faux jetons, ils se posent là. » André venait de réaliser que pas un seul des protagonistes n’envisageait une seconde de dire la vérité ni à ses confrères, ni aux médias et donc au grand public. Les divergences portaient uniquement sur la taille du mensonge, sur l’ampleur de la dissimulation. Et s’il devait en croire ce qu’il entendait, c’était plutôt les plus gros menteurs qui semblaient avoir le dessus.

-- Pas étonnant, bougonna-t-il à voix basse, que des imbéciles comme ce Ramolino dans sa compagnie d’assurances ne comprennent rien à mes exposés. Ceux qui savent se construisent un mur de silence bien plus efficace que la grande muraille de Chine pour se cacher derrière. D’ailleurs, pour les extraterrestres, si ça se trouve, c’est pareil. Il y a des gros bras qui savent et qui ne disent rien.

Sa colère montait au fur et à mesure que les autres étalaient leur cynisme.

-- Et le bon peuple qui pleure sur la taxation de l’essence alors qu’il va bientôt être possible de rouler sans carburant. S’il savait ça, ce serait la grosse colère.

Le centre du débat

  Car c’était bien là, le centre du débat.

En les écoutant, André se posa soudain la question : Quelle serait sa réaction à lui s’il devait décider en ce domaine sensible ? Sa pensée reflétait le débat des experts, comme un miroir légèrement déformant. « Ce serait évidemment dangereux de tout dire, sans précaution au risque d’effrayer le grand public qui pourrait en tirer des conclusions dangereuses, entraînant des paniques boursières, des faillites en chaîne. »

  Il écoutait avidement les propos qui s'échangeaient de part et d’autre. Leur cynisme lui parut un peu révoltant. « Trop beau pour être vrai ! » Cet argument lui sembla un peu  galvaudé, même si les orateurs exposaient sans vergogne qu’il fonctionnerait très bien.

La notion de raisonnable

 Il les écoutait sans trop y croire, se remémorant ses propres discussions épiques avec des incrédules. Il pensa : « Il suffit pourtant de regarder le chemin parcouru depuis deux cents ans par l’humanité pour admettre que ces objections "raisonnables" ne résistent pas à l’analyse. Si un contemporain de Napoléon Premier revenait dans le Paris d’aujourd’hui, il découvrirait des inventions bien plus surprenantes encore pour lui que celles qui sont prévues pour demain. Jamais il n’aurait pu simplement concevoir les applications de l’électricité, l’emploi de l’énergie nucléaire, le développement de l’automobile. Je ne parle pas des ordinateurs, de la télévision, du téléphone et de l’Internet. Encore moins des transports aériens et des stations spatiales dans lesquelles d’aimables astronautes en jupons étudient, pour le salut de l’humanité future, l’ovulation des salamandres en état d’apesanteur. Les pessimistes qui prétendent que la technologie ne peut changer notre vie se sont trompés purement et simplement : Elle a bel et bien transformé notre existence.

  Pourtant, il fut obligé de constater qu’ils étaient en train de se mettre d’accord comme des maquignons dans une foire qui s’arrangent pour trafiquer les cours, maquiller les informations.

-- Il suffirait de ressortir un vieil article de la Tribune de Genève vieux de quelques mois, suggérait le personnage à côté de Suzanne Tarzu, il me paraît très adapté.

André ne put voir que le gros titre du journal : « La mort de la fusion froide »

« Bravo ! pensa-t-il, ils s’y entendent en matière d’enterrement. Voilà comment ils risquent de faire passer mes projets personnels à la trappe. 

Organiser la désinformation 

 En les écoutant, il comprit enfin pourquoi tous ces beaux messieurs étaient réunis. Ils devaient préparer la séance « d’information » qui devait réunir, le lendemain, tous les décideurs venus du monde entier pour faire le point sur les progrès de la technique et sur les découvertes scientifiques au cours des douze derniers mois.

-- Ils vont être servis, murmura-t-il en guise de conclusion et il ajouta : N’empêche que je n’ai peut-être pas perdu mon temps. Il faut que je mette la main sur cette Suzanne.

Il resta songeur quelques secondes trouvant que l’expression n’était pas mal choisie finalement.

  Sans aucun bruit, il quitta son grenier et, par l’escalier en spirale, tâtant les marches du bout du pied pour ne pas se rompre les os dans l’obscurité, il regagna la cour et partit rejoindre Natacha, puis sa voiture.

Voir les conséquences économiques potentielles

 

 

Pour une visite guidée, il vous suffit de cliquer sur le mot suite en bas et à droite de chaque page. Bonne promenade !

 

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