Le fil de la vie n'est pas coupé à la mort; simplement il passe sur une autre navette. Liszt

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Le Montage Magique :

L'appartement de Suzanne

 

 


Un Triplex de rêve

   

La berline glissait, silencieuse, sur les quais de la Seine, encombrés de nombreuses voitures qui fêtaient l’été de Paris. Elle atteignit Perspective, cette grande tour du Front de Seine, et Charlotte descendit dans la vis du parking souterrain. Ils prirent, tous les quatre, serrés les uns contre les autres, le petit ascenseur qui mène au hall d’accueil et de là, empruntèrent l’express qui en trente-cinq secondes exactement, les conduisit au trentième étage, à l’entrée du triplex.

  En pénétrant dans l’appartement, André eut un choc. Paris illuminé lui sauta littéralement au visage. Il s’avança vers les baies immenses, largement ouvertes pour laisser entrer la douceur nocturne enfin venue. Le tapis de lumière s’étalait sous ses yeux, déroulé en son honneur. Paris faisait la belle, depuis la Seine et la Maison de la Radio, jusqu’au Mont Valérien que l’on devinait dans le lointain. Surmontant la masse sombre du Bois de Boulogne, il aperçut la tour du Concorde Lafayette et le bar panoramique qui laissait deviner ses lumières tamisées. Il ne put résister à l’envie de se tourner vers Edouard pour lui montrer l’endroit de leur rencontre, si spécial pour lui désormais. Edouard, un peu blasé, l’observait en souriant. Il lui fit un petit signe de la tête qui voulait dire :

-- Oui, oui, je vois, c’est bien là que l’aventure a débuté.

  André ne se lassait pas de ce spectacle inouï. La vue s’étendait au loin. La Défense clignotait doucement au fond avec ses gratte-ciel figés au garde à vous le long du fleuve. Il reconnut certains immeubles : la tour Nobel, sentinelle avancée, le building de l’UAP et son gigantesque thermomètre, la Grande Arche, illuminée faiblement, qui fermait le décor.

  La voie sur berge, pleine de voitures roulant au pas, ressemblait à un vivant collier de topazes. Quand les automobiles disparaissaient sous le pont de Grenelle pour réapparaître de l’autre côté, la voie se transformait, comme par magie, en une parure de rubis frissonnant dans l’obscurité.

  Les bateaux de promenade, qu’ils avaient vus naguère, sur le quai Montebello, glissaient majestueusement entre l’Ile aux Cygnes et la Maison de la Radio. Leurs projecteurs éclairaient violemment la façade et se reflétaient dans ses vitres. Ils allaient virer, à dix encablures, en amont du Pont-Mirabeau, cher à Apollinaire. Observant un arrêt qui permettait aux passagers de contempler les hautes tours du Front de Seine, ils prenaient le chemin du retour. Glissant lentement au pied de Perspective, ils embrasaient l’immeuble, si bien que l’on se serait crû en plein midi.

  Suzanne qui s’était approchée d’André, avait posé sa main sur son épaule et lui dit, d’une voix changée :

-- C’est beau n’est-ce pas ? Vous comprenez pourquoi j’aime tant cet appartement.

 

 

 

Pour une visite guidée, il vous suffit de cliquer sur le mot suite en bas et à droite de chaque page. Bonne promenade !

 

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