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L'affaire Siegfried :
Tome 1 Kidnappés ?

Extrait :
Le danger des tartes à la crème

 

 

 

Qu'il importe de ne pas entarter n'importe qui !

  Au cours de ce dîner, il m'a été donné d'entendre conter les mésaventures de Bill Gates qui avait pris trois énormes tartes à la crème en, pleine g… au cours d’une réunion organisée par des journalistes belges. Cet accueil plein de cordialité et d’humour avait ruiné son costume sans compromettre pour autant sa dignité.
...
Le spécialiste en hôpitaux d’occasion lança une nouvelle polémique en interpellant Paul, le voisin de Raoul, par-dessus le surtout de Thomire :

-- C’est votre partenaire qui a été gâté récemment.

Dans ce milieu, le terme de "patron" était proscrit. Aucun d’entre eux n’admettait volontiers avoir un patron pour lui dicter sa conduite.

-- Oh ! Ce ne sont que de jeunes corniauds exaltés, répliqua Paul, ils ont cru pouvoir satisfaire leur ego à bon compte en barbouillant de crème Chantilly le visage de l’homme le plus riche des Etats Unis.

-- Mais comment Bill a-t-il réagi ? demanda Georges d’une voix très sérieuse, comme si sa propre dignité avait souffert de cet acte de lèse capitalisme. Je suppose qu’il va se venger.

-- Je ne pense pas, répliqua Paul. Je le connais de longue date (il aimait à rappeler fréquemment le temps béni où ils travaillaient au coude à coude, dans le garage des parents de Bill, à mettre au point le système d’exploitation miracle qui devait les propulser tous deux au pays magique des milliardaires en dollars.) Il va laisser tomber, ces petits minables ne l’intéressent guère.

  Dans le tollé général soulevé par cette remarque, Raoul eut encore un peu plus de mal à suivre car ils parlaient tous ensemble et chacun exposait sa position à son voisin immédiat. Il redoubla d’attention pour ne pas manquer ces explications qui éclairaient d’un jour cru les personnalités.

La vengeance avait temporairement pris le pas sur la gastronomie et ils entreprirent tous d’expliquer comment ils auraient réglé le problème s’ils avaient été à la place de Bill pour recevoir les tartes à la crème en pleine figure.

  Warren amateur de solutions expéditives explosait littéralement de rage rétrospective :

-- Ils n’ont pas intérêt à se conduire avec moi de cette manière parce qu’il leur en cuirait et sévèrement encore.

  Ses projets étaient en effet directs autant que musclés. Ils comportaient le tabassage par le service d’ordre privé du milliardaire, la destruction de la voiture des journalistes par explosifs et tant pis ou même tant mieux, s’ils étaient à l’intérieur, l’incendie volontaire de leur appartement et autres douceurs du même ordre. Il donnait l’impression d’avoir ressenti comme une injure personnelle l’affront qui avait été infligé à Bill Gates et d’avoir longuement concocté sa réponse si une telle mésaventure lui advenait.

  Ses collègues souriaient en l’écoutant, le mettant en garde.

-- Mais tu irais en prison mon pauvre Warren.

-- Pas de risque qu’ils me prennent, va, je m’arrangerais pour que les Palestiniens ou l’IRA portent le chapeau.

  Rien d’improvisé dans cette réaction ! Cela ressemblait plutôt à un plan longuement mûri.

-- C’est beaucoup trop compliqué et sans doute peu efficace, intervint le banquier producteur de grands crus, qui avait, lui aussi, médité sur cette aventure. On pourrait tout simplement les faire mettre à la porte de leur journal pour indélicatesse, leur faire couper les vivres par leur banquier. Que diriez-vous d’une vérification fiscale approfondie ?

-- Dix ans pour s’en remettre, exulta Georges qui apparemment savait de quoi il parlait.

-- Pourquoi ne pas dissimuler de la drogue dans leurs bagages et les faire arrêter par la douane lors d’un voyage en Thaïlande ? Ils peuvent écoper de vingt ans de prison ferme pour peu que l’on ait les bonnes recommandations, susurra une voix que Raoul eut du mal à identifier.

-- Moi, dit Santacrocce qui venait de terminer ses lasagnes et parlait d’une voix douce qui les força tous à l’écouter, j’ai entendu parler d’un cas similaire et la sanction fut terrible.

  Il raconta son anecdote, comme pour lui-même et ils se demandèrent tous en frémissant s’il ne s’agissait pas d’une confession faite pour soulager sa conscience.

-- Un de mes amis avait été victime d’un affront. D’un affront grave, sérieux, ajouta-t-il d’un ton convaincu, et il décida de se venger. Il fit séduire l’homme qui lui avait manqué et dont il connaissait les faiblesses par un inverti notoire qui avait la malchance d’être séropositif. En quelques semaines, le malheureux imprudent s’est retrouvé atteint du Sida. C’était avant que l’on ne trouve tous ces remèdes miracles, il est mort dans les deux ans. Entre-temps, il avait reçu dans son courrier plusieurs lettres anonymes qui ne laissaient aucun doute quant aux liens entre l’injure faite et la sanction infligée.

Dans le silence pesant qui s’était peu à peu instauré, il conclut :

-- Tu vois, mon cher Warren, il n’est pas nécessaire de faire tout le bruit que tu projetais pour être efficace. De plus, ajouta-t-il avec cynisme, pas de risque de délation, je vois mal la pauvre victime allant se vanter de sa mésaventure.

 

 

Pour une visite guidée, il vous suffit de cliquer sur le mot suite en bas et à droite de chaque page. Bonne promenade !

 

 

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