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L'affaire Siegfried : |
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Rencontre avec un spécialiste Elle se tourna
vers Gordon qui s’était levé également pour la recevoir et l’examina avec
intérêt. C’était donc lui le personnage providentiel qui devait apporter la solution
à son problème insoluble. Elle le jaugea du regard, notant au passage les
lèvres sensuelles que soulignait la barbiche noire, la mise sportive sans
recherche - le costume vient d’un grand magasin de San Diego, pensa-t-elle et
il a dû acheter ses chaussures par correspondance. L’inspection ne dura que
quelques secondes, mais Bruce qui observait la scène se demanda si Gordon
était conscient de la note assez moyenne somme toute qu’il venait de se voir
décerner. D’emblée pourtant, son
sourire lui plut et le courant passa entre ces deux êtres. Non, elle ne tenait pas
trop aux sandwiches. Avec un brin de coquetterie, elle déclara aux deux
hommes : -- Vous savez, je dois faire
très attention, un rien me fait grossir. A Gordon qui avait cru
bon de dire qu’elle n’avait nul besoin de faire du régime, elle coula un
sourire dont elle avait le secret qui le déstabilisa presque. Elle ajouta gaiement : -- De toute manière, nous ne
sommes pas là pour discuter de mon embonpoint, nous avons des choses plus
sérieuses à faire. Elle se sentait à l’aise, bien
dans sa peau, contente de retrouver ce campus où elle avait été heureuse. C’est Bruce qui ramena
la discussion sur les soucis professionnels de son ancienne élève et sur le
cas de Sally. -- J’ai
présenté vos difficultés à Gordon,
il m’a dit être assez familier avec ces questions. -- Alors, vous allez me dire
comment je vais pouvoir raisonner cette gamine et lui enlever de la tête
toutes ces balivernes ridicules concernant les petits hommes verts ? -- Décrivez-moi exactement
comment elle présente son expérience, demanda Gordon qui l’observait à son
tour attentivement. Loretta lui rapporta par le
menu les propos de Sally : la voiture stoppée, les deux heures manquantes,
les ecchymoses, la petite cicatrice à la base du cou, les saignements de nez,
les migraines persistantes, les cauchemars, les angoisses. Elle donnait libre cours à son
incrédulité évidente : -- Je suis sûre que cette
petite est une menteuse, qu’elle raconte cette histoire pour se rendre
intéressante. Malheureusement, elle en fait un peu trop quand elle jure
qu’elle a été kidnappée par des extraterrestres. Bruce et Gordon l’écoutaient
en silence. Ce dernier lui déclara : -- Mon cher confrère - elle
sentit comme une moquerie dans le ton du psychiatre qui l’agaça un peu - vous
raisonnez exactement comme la plupart des psychanalystes qui se sont trouvés
en face du même problème. Loretta prit ce propos
pour un compliment et, très satisfaite, lui répondit, prenant Bruce à témoin
: -- Vous m’en voyez ravie,
j’étais certaine que vous alliez abonder dans mon sens, cette petite fabule
purement et simplement. Bruce contemplait la
scène d’un œil narquois, se gardant bien d’intervenir et d’approuver en quoi
que ce soit. Il semblait attendre la suite avec une certaine impatience. -- Malheureusement, il n’en
est rien, déclara froidement Gordon faisant montre d’une assurance qui
d’emblée parut suspecte à Loretta et lui déplut foncièrement, ils sont tous
dans l’erreur la plus complète et, apparemment, vous aussi. Elle le trouva tout
bonnement odieux et ses positions tranchées assez ridicules. De quel droit
s’érigeait-il ainsi en juge et prétendait-il avoir raison seul contre tous.
Lorsque Sally lui avait déclaré qu’elle pensait avoir été kidnappée par des
êtres venus d’ailleurs, elle avait eu un choc, mais elle avait vite récupéré,
vite trouvé une explication : la petite voulait simplement se rendre
intéressante. Ce
n’était pas ce type qui allait remettre en question ses certitudes, même si Bruce le présentait comme un spécialiste de
renommée mondiale. Elle savait que dans la profession, on pouvait très vite
construire des réputations surfaites et vouloir leur donner un éclat qu’elles
ne méritaient pas, le plus souvent. Pourtant elle fut très déçue. Elle eut
l’impression de recevoir une douche glacée alors qu’elle s’attendait à un
réconfort, à une aide, pour trouver la bonne solution. Le souvenir de Victor
prenant en pleine face le contenu du verre de vin de Marceau s’imposa à elle
durant quelques secondes, elle revit nettement la trace laissée sur le
bastingage par le tesson de bouteille brisé par son frère. Elle se dressa
brusquement et se mit à arpenter le grand bureau. Bruce, s’approcha d’elle
avec un sourire, comme s’il comprenait son désarroi. Il la prit dans ses
bras, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant, et elle se calma. Elle se
rassit et resta silencieuse puis, d’une voix moqueuse. -- Vous n’êtes pas sérieux ?
Qu’est-ce qui vous permet d’être aussi affirmatif ? Je n’ai jamais rien
entendu d’aussi absurde. Mécaniquement, elle
s’empara d’un sandwich sur le plateau et se mit à le dévorer, comme pour
rétablir un équilibre. Gordon admirait en connaisseur
: « Quel extraordinaire tempérament avait cette fille ! » Son
intérêt pour elle augmenta d’un cran. -- Vous voulez savoir ce qui
me fait tenir ces propos ? -- Ça oui, j’aimerais assez,
fit-elle persistant dans l’ironie. -- Tout simplement l’expérience directe que j’ai acquise
auprès de personnes des deux sexes qui ont subi les mêmes épreuves. -- Ne me dites pas que vous
avez rencontré beaucoup de cinglés qui prétendent la même chose que
Sally ! Loretta perdait un peu
son calme. Elle nota que Bruce semblait consterné du tour que prenait la
réunion. Elle se douta, le connaissant bien, que l’attitude sans nuance de
Gordon devait lui sembler maladroite Elle supposa qu’il avait dû lui-même
être profondément troublé par les propos de Gordon lorsque celui-ci lui avait
exposé ses expériences, mais qu’il n’avait guère dû entamer son scepticisme
sur le sujet. Elle sentit confusément qu’il était dans son camp. -- Malheureusement si !
J’en ai soigné personnellement plus de cent et il en existe des milliers rien
qu’aux Etats Unis, surenchérit Gordon. Il persistait donc et Loretta
explosa. -- Une centaine pour vous tout
seul, des milliers ! Mais ce n’est pas possible, vous n’espérez pas me
faire avaler ce conte de bonnes femmes. Vous devriez bien comprendre qu’ils
mentent, qu’ils fabulent pour se faire valoir. Gordon se tut un moment
et prit un des derniers sandwiches restants, imité en ceci par Bruce et,
après une certaine hésitation, par Loretta elle-même. Les deux hommes se
regardèrent. Elle compensait ses émotions. -- J’ai longuement travaillé
avec Budd Hopkins. C’est un artiste new-yorkais qui a fréquenté des kidnappés
pendant plus de dix ans. Nous avons été frappés par la cohérence des propos
tenus. Quand des gens qui ne se connaissent pas, qui vivent à des
centaines de kilomètres les uns des autres et qui ne se sont jamais
rencontrés décrivent de manière similaire des évènements tous identiques,
strictement comparables entre eux, on est bien obligé de considérer qu’ils ne
mentent pas. Statistiquement, il est impossible qu’ils aient tous inventé les
mêmes scènes, les mêmes aventures dans le seul but de se rendre intéressants
comme vous le prétendez. Loretta avait déjà
trouvé une partie de cette argumentation dans les serveurs Internet sur le
sujet. Elle ne prouvait rien, en réalité, les soi-disant kidnappés pouvaient
très bien s’inspirer de rumeurs entendues ou d’histoires lues dans la presse,
dans les médias. -- Statistiquement ?
murmura Loretta, avec une lueur d’ironie mauvaise dans le regard.
Statistiquement ? Soudain elle se
redressa : -- Mais elle ne raconte pas
d’aventures, elle. Elle ne donne pas de détails. Elle prétend qu’elle ne se
souvient de rien. Alors ? D’une voix égale,
Gordon lui fournit sa version. Il voulait définitivement avoir réponse à
tout. -- Elle
ne se souvient de rien parce qu’elle est victime d’un blocage traumatique, Elle a reçu l’ordre de ne pas se souvenir. C’est assez
fréquent. Il y a un moyen simple de la faire se souvenir. -- Ah oui ! Et comment
s’il vous plait ? Loretta, dopée par le pain de
mie au poulet salade et concombre, avait manifestement retrouvé sa
combativité. Gordon lui sourit et,
resta très professionnel et d’autant plus énervant : -- Au moyen de l’interrogation
sous hypnose, j’en ai pratiqué des dizaines, toujours avec des résultats
étonnants. Loretta avait entendu
parler de ces errements, mais ils n’étaient guère en odeur de sainteté chez
les psychanalystes depuis que Freud avait renoncé à les utiliser. Profitant de ce qu’il devait
penser être son avantage, Gordon enchaîna : -- Vous savez, je comprends
parfaitement votre réaction et celle de vos confrères. Elle a été la mienne
lorsque j’ai découvert le phénomène pour la première fois. D’ailleurs elle
porte un nom bien précis. -- Quel nom ? demanda
Loretta toujours aussi ironique et fermée. -- Il
s’agit du « Syndrome du refus ». C’est ce qui se produit par exemple lorsqu’une petite
fille prétend avoir été abusée sexuellement par son père. La société tout
entière se dresse contre elle et refuse obstinément d’admettre
l’inadmissible. Même sa mère la traite de menteuse, ce qui aggrave encore la
situation et conduit à des drames qui peuvent marquer pour la vie. Loretta se
recroquevilla soudain dans son fauteuil et le sang quitta presque
complètement son visage. Elle remarqua que Bruce, qui connaissait ses démêlés
avec Marceau, l’observait avec une inquiétude croissante. Cette réunion
prenait tout à coup un tour imprévu. Loretta n’était plus
dans le bureau, elle était retournée à bord du Pourquoi pas ? ramenée
en arrière par un sentiment de culpabilité. Son frère jumeau l’avait cru,
lui, quand elle s’était plainte des assauts de Marceau. Victor n’avait jamais
douté un seul instant de ses dires. Il avait pris son parti, immédiatement,
avec une énergie farouche malgré ses huit ans, malgré l’équivoque de la
situation et il avait su résoudre le problème, à sa manière violente et sans
nuances. Marceau, malgré ses fanfaronnades, avait eu peur et n’avait jamais
récidivé. Et pourtant, tout n’avait pas été aussi net, aussi clair qu’elle
l’avait pensé alors. Elle avait longuement tenté de faire le point sur
l’attitude de Marceau a son égard. Soudain elle fut
envahie par un sentiment qui ressemblait à de la honte. Son expérience
personnelle ne lui avait donc servi à rien. Elle pensa qu’elle avait trahi,
en quelque sorte, la confiance de Sally et elle se sentit assez mal à l’aise. -- Ce que vous prétendez,
demanda-t-elle d’une voix blanche, c’est qu’avec les extraterrestres, les
gens agissent de même et que, pour se rassurer, pour ne pas regarder les
choses en face et affronter l’inconnu, pour ne pas déranger leurs petites
habitudes mentales, ils préfèrent ranger tous ces phénomènes dans la
catégorie des aberrations collectives et traiter de mythomanes ceux qui,
comme Sally, se prétendent en être les victimes. Elle lut dans le regard
de Gordon comme un éclair de satisfaction. Il devait croire qu’il l’avait
convaincue, mais il allait vite déchanter : -- C’est idiot, reprit-elle immédiatement, les pères qui
violent leur fille, on en voit tous les jours, mais des prétendus
extraterrestres, c’est une fumisterie, une mauvaise plaisanterie. Je crois
que vous allez un peu vite en besogne, mon cher confrère. Elle s’accrochait
farouchement à ses convictions, à ce que Gordon devait qualifier de
"préjugés". Elle se tourna vers Bruce qui suivait cette évolution
avec une certaine anxiété et lui déclara avec une brutalité qu’elle regretta
plus tard : -- Je suis réellement très
déçue, je dois vous avouer que j’attendais autre chose. Bruce ne répondit pas,
mais il esquissa un geste d’excuse. Un silence qui parut un siècle régna dans
le grand bureau. -- Je ne vois décidément pas
comment me sortir de ce pétrin. -- Comme dans bien des cas,
répondit Gordon, il n’y a aucune réponse simple à votre question, mais le
premier pas consiste, en tout état de cause, à ne pas se masquer la réalité.
C’est la pire des conduites à tenir et malheureusement, la plus répandue. Il
faut admettre, une fois pour toutes que la
réalité est beaucoup plus riche et plus complexe que nos sens limités ne nous
la décrivent, que la terre n’est pas plate
et que le soleil ne tourne pas autour. -- Vous caricaturez à plaisir,
répondit-elle avec une certaine amertume, je ne vois pas comment ces
banalités vont m’aider à résoudre mon problème. C’est moi qui vais devoir
fournir des explications à Ronald et prendre une décision concernant Sally. -- Ce ne sont pas des
banalités, se défendit Gordon, l’opinion qui prévaut chez les scientifiques
c’est que tous les phénomènes doivent rentrer dans les catégories qu’ils ont
établies et que, dans le cas contraire, ils ne peuvent provenir que de
l’illusion, de l’erreur ou de la mauvaise foi. C’est une position extrêmement
commode, mais malheureusement, elle ne colle plus. Jung l’appelle le
« misonéisme » l’horreur de la nouveauté. Il y a la misogynie qui
est le mépris des femmes et le misonéisme qui est le refus du nouveau et des
positions qui sortent du moule. -- Ne mettez pas tous les
scientifiques dans le même sac, répondit-elle toujours aussi agressive. -- Je m’en garderais bien, se
défendit-il, mais il n’en reste pas moins que le système scientifique occidental
a atteint une rigidité comparable à celle de la théologie des siècles passés.
Je ne sais si vous avez suivi dans la presse l’odyssée de ces deux savants
Pons et Fleischmann qui "prétendaient" avoir trouvé un mode de
production d’énergie révolutionnaire grâce à ce qu’ils ont appelé la fusion
froide. Les malheureux ont été l’objet de calomnies invraisemblables. Leur
hypothèse n’était pas "conforme" à l’opinion générale de leurs
confrères. Ceux-ci n’ont pas cherché à savoir si elle était vraie ou non.
Puisqu’elle n’était pas conforme à la théorie en vigueur à cette époque, elle
était sans aucun intérêt, il n’était nullement nécessaire de chercher plus
loin. Il était antiscientifique de vouloir regarder la vérité en face. -- Et c’était vrai ?
demanda Loretta en s’adressant à Bruce qu’elle érigeait en arbitre de ce
débat. -- Je ne suis pas un grand
spécialiste de ces questions, mais il semble que, de par le monde, de très
nombreux chercheurs ont réussi depuis à reproduire les expériences de Pons et
Fleischmann. -- Donc c’était vrai ! Loretta avait tiré cette
conclusion d’une voix tranchante ; de toute manière, il en faudrait plus
pour la faire changer d’avis de façon aussi radicale. La fusion froide, elle
voulait bien admettre, c’était un sujet auquel elle ne connaissait rien, une
querelle de spécialistes en quelque sorte, mais les extraterrestres, les
kidnappings, là c’était le sens commun qui parlait, jamais le beau Gordon ne
lui ferait avaler une telle hérésie. -- Je ne crois pas un mot de
vos théories. Elle martelait ses mots pour bien marquer sa différence. On sentait qu’elle cherchait
plus à se convaincre elle-même qu’à persuader son adversaire. On ne convainc
jamais que soi-même. -- Mais, d’ailleurs, à quoi rimeraient ces kidnappings ?
Puis, comme pour elle-même, ils les
enlèvent et deux heures après, ils les relâchent. Comme c’est
vraisemblable ! Et dans quel but agiraient-ils ainsi ? Se tournant vers Gordon
d’une voix plus vive, elle posa la question : -- Quelle est votre
explication, Monsieur le "Professeur-qui-sait-tout". Elle voulait leur faire
comprendre qu’elle n’était nullement décidée à rendre les armes. -- C’est un sujet immense
comme vous le pressentez, répondit Gordon s’efforçant de rester très
professionnel, mais il semble que la majorité des enlèvements soient liés, de
près ou de loin, à des procédures très spécialisées concernant la
reproduction. -- La reproduction ? Loretta allait de
surprise en surprise, ne cachant pas sa stupéfaction, prenant Bruce à témoin
avec des mimiques moqueuses. -- Oui, les kidnappeurs
auraient comme objectif un vaste programme d’hybridation avec la race humaine
et auraient besoin de prélever du sperme ou des ovules sur des échantillons
humains. -- Des échantillons, prélever
du sperme, vous parlez de ça comme si les kidnappés étaient du bétail,
s’exclama-t-elle éprouvant soudain une profonde répugnance. Loretta avait d’emblée
mis le doigt sur un point particulièrement révoltant dans la position
abracadabrante de Gordon et les deux hommes restèrent silencieux, sans
répondre directement à sa remarque. C’est elle qui rompit
le silence. La comparaison avec les agressions sexuelles l’avait profondément
troublée, elle se sentait très mal à l’aise sur ce terrain. -- Je sais que c’est très dur
pour les victimes de viol de se voir suspectées de mensonge, mais ici, il n’y
a rien de comparable, cette Sally ment du début à la fin. -- Même si c’était vrai, ce
que je ne crois pas, une attitude comme la vôtre aboutit à une véritable
catastrophe, répondit immédiatement Gordon s’engouffrant dans la faille
ouverte, elle a contribué à créer des troubles très graves chez de nombreux
kidnappés et il y a, malheureusement beaucoup de cas d’internements en asiles
psychiatriques dont la seule cause est le refus obstiné des psychanalystes à
admettre les propos de leurs patients. -- Vous cherchez à me
culpabiliser, répondit Loretta assez vertement, je n’aime pas du tout ce
genre de procédés, je les trouve même inadmissibles. Ce n’est pas de cette
manière que vous allez me convaincre du bien fondé de vos conceptions
fumeuses. Elle resta ensuite un
certain temps comme prostrée. Elle se trouvait dans une impasse. Du fauteuil
dans lequel elle était assise, elle apercevait une grande partie du campus
avec ses bâtiments centenaires, son campanile, les grandes bâtisses en pierre
de taille aux façades moussues envahies par le lierre et la vigne vierge. Ce
cadre témoignait d’une pérennité rassurante, lui rappelait sa jeunesse
studieuse et heureuse, témoignait d’une époque où ne se posaient pas les
questions absurdes auxquelles elle devait répondre aujourd’hui. Elle eut
encore une fois l’impression que deux mondes se côtoyaient sans se pénétrer
et qu’elle courait en permanence le risque de basculer subrepticement dans un
univers hostile qui l’environnait à son insu. Peu à peu cependant, la femme
d’action reprit le dessus : -- Que peut-on faire avec
Sally ? On ne peut pas la laisser ainsi sans l’aider. La question s’adressait plus à
Bruce qu’à Gordon comme pour lui signifier que sa cote avait baissé très
sensiblement dans l’estime de la jeune femme. -- Je vous propose de
conduire, en votre présence, une interrogation sous hypnose, lui dit-il
cependant. -- Elle le regarda longuement,
essayant d’évaluer sa bonne foi. Elle avait manifestement
beaucoup de peine à entrer dans ce système de pensée qui lui était
complètement étranger. Elle préféra réfléchir, prendre de la distance, même
si la réunion devait se solder par un échec. -- La séance pourrait avoir
lieu chez moi, à Phœnix ? demanda-t-elle, espérant un refus qui mettrait
fin à l’expérience. -- Pourquoi pas ? Loretta frémit
imperceptiblement en entendant ce bout de phrase. Elle se ressaisit
rapidement ramassa ses affaires, se leva et prit congé avec un sourire s’efforçant
d’atténuer la brutalité de son comportement par une excuse qui ne trompa
personne : -- Il faut que je réfléchisse,
de toute manière, je ne voudrais pas rater mon avion. Voir l'évolution de Loretta
dans L'assemblée des kidnappés |
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