Toutes les vérités ne sont pas forcément  bonnes à dire !

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L'affaire Siegfried :
Tome 1 Kidnappés ?

Raoul Avelino

 

 

 

Journaliste Free Lance

  Raoul, journaliste free-lance préparait un article sur les OVNIs son sujet favori, une spécialité dans laquelle il avait acquis une sorte de notoriété sulfureuse qu’il entretenait savamment depuis plus de dix ans.

  Lisant les caractères noirs sur fond gris bleu de son pentium portable, il avait entrepris de lui présenter son texte :

-- « Les amateurs de soucoupes volantes vont de nouveau faire grise mine. En effet, selon un article documenté du Times dont la réputation de sérieux n’est plus à faire, il semblerait que les évènements liés à de prétendus engins extraterrestres soient en très nette régression depuis plusieurs années. »

  Suivait une longue mise en garde contre la crédulité coupable de nombreux médias trop enclins à donner de l’importance à un phénomène qui, en réalité, n’en avait pratiquement aucune.

  C’était le contenu de ce projet qui avait déclenché les remarques désobligeantes d’Aurore.

  Elle s’était levée pour atteindre ses lunettes de soleil aux pieds de Raoul, puis s’était étendue sur le dos sur un matelas pneumatique à côté de son ami, largement offerte à ses regards et aux caresses du jeune soleil, l’écoutant avec une attention assez distraite.

  Au bout de quelques minutes, n’y tenant plus, elle s’était relevée sur les coudes et était intervenue, coupant sa lecture.

-- Es-tu sûr de ces informations ? La dernière fois, tu t’es fait ramasser de la belle manière.

  Il avait haussé les épaules comme pour indiquer qu’il n’y attachait pas une grande importance.

Otant ses lunettes noires pour mieux le regarder (le soleil lui faisait froncer le nez, lui donnant l’air d’un pékinois), elle ne lui avait pas caché son opinion :

-- Ton attitude ne rime à rien, ni de près, ni de loin et tu le sais fort bien.

Elle ajouta sévère :

-- Tu prends depuis des années une position absurde que je ne partage pas du tout et tu le sais parfaitement. Alors pourquoi me demandes-tu mon opinion ?

  Il réalisa que s’il avait aimé sa franchise (c’était ce qui l’avait séduit en elle), elle commençait à l’irriter sérieusement. Un peu agacé, il rétorqua :

-- Bien entendu, je le sais, mais j’espérais que pour une fois…

Après un léger silence, il ajouta :

-- Mais je sais aussi que c’est ce que les gens veulent entendre. Si je leur parlais de tes théories fumeuses, tels que je les connais, aucun rédacteur en chef ne me prendrait plus au sérieux et je serais réduit à pointer au chomedu.

Il se tourna vers elle.

-- Tu ne te souviens donc pas de ce reportage télévisé sur la base Area 51, il y avait une petite journaliste qui la ramenait. Elle parlait des assemblées de kidnappés à Las Vegas. C’était n’importe quoi. Le présentateur s’est bien foutu d’elle.

-- Si, lui répondit-elle, je me souviens très bien. C’était lamentable.

-- Pourquoi lamentable ? coupa-t-il avec agressivité.

-- Je l’ai trouvé immonde ton animateur, avec son rire gras. La pauvre fille lui a fait un compte rendu très objectif de son reportage. On aurait dit qu’elle lui avait sorti une obscénité. C’était du type « Ouaf, ouaf ! Vous n’allez pas me dire que vous croyez à ces conneries ! Pas à moi, pas à un être évolué comme moi. Ce serait me prendre pour un de ces jobards d’Américains qui croient aux soucoupes volantes. - A propos, combien d’Américains y croient, selon vous ? Quatre-vingts pour cent ! Ah, tant que ça ! Ils ne sont pas possibles ces Ricains ! »

-- Si, je l’ai vu, concéda Raoul, je reconnais que c’était un peu exagéré, mais d’après moi, elle ne l’avait pas volé.

-- Comment pas volé. C’était elle qui se trouvait au banc des accusés, elle qui avait fait un excellent travail, alors que l’autre andouille ne connaissait, manifestement, rien du sujet. Il est plus à l’aise dans les commentaires sur le Tour de France. Il est intarissable sur les mérites de l’EPO et sur les effets du dopage sur les performances des coureurs.

-- Et alors, il faisait son métier.

-- C’est faux, il aurait dû avoir le courage de chercher la vérité. Et toi tu devrais bien en faire autant au lieu de ressasser toujours les même âneries.

  Raoul n’était pas content du tout. Elle commençait réellement à le faire suer avec ses remarques idiotes et ses attitudes à la Jeanne d’Arc. Il grommela, comme pour se justifier :

-- Voila plus de dix ans que j’ai adopté le parti des gens sérieux et je ne tiens pas à passer pour une girouette. D’ailleurs es-tu sûre de la connaître toi la vérité ? Tu serais bien en peine d’apporter juste un tout petit bout de commencement de preuve. Tu crois, tu penses, tu imagines, tu raisonnes, mais qu’est-ce que tu sais vraiment ?

  L’argument la laissa songeuse, mais elle passa vite à la contre attaque :

-- Tu devrais prendre exemple sur le professeur Sturrock, un astrophysicien de l’université de Stanford ou sur le docteur Greer. Au risque de se voir conspuer par certains de leurs collègues qui marchent aux ordres, il n’a pas hésité à agir. Ils l’ont fait parce qu’ils n’ont pas été convaincus par la lecture du rapport officiel de la commission Condon qui concluait que les preuves de l’existence des OVNIs étaient tellement insignifiantes qu’il n’y avait aucune raison de continuer à les étudier. Je te rappelle qu’ils ne sont plus seuls maintenant et qu’un nombre croissant de savants estiment qu’il faut s’intéresser à ce sujet. Je ne te demande pas d’apporter des affirmations non fondées, simplement de laisser entendre que la porte commence à s’entrouvrir.

-- Et qu’est-ce qui te fait penser que la fameuse porte s’entrouvrirait ?

-- Justement les travaux des amis de Sturrock, les témoignages rassemblés par le docteur Greer ; ils affirment…

-- Oui, oui, je connais, merci, intervint-il avec une certaine nervosité, montrant ainsi que le sujet ne le laissait pas indifférent, au contraire.

-- Alors tu sais donc qu’ils ont commencé à mettre les pieds dans le plat, rompant ainsi le silence hypocrite de la plupart de leurs confrères qui, même s’ils en ont envie, se gardent bien d’aborder ce sujet interdit. Eux aussi, ils courent des risques pour leurs carrières et cependant, ils ont laissé entendre que l’on avait peut-être ridiculisé un peu tôt ceux qui voulaient apporter des évidences concernant les soucoupes volantes et autres phénomènes connexes. Ils invitent la communauté scientifique à prendre ces problèmes avec un peu plus de sérieux.

-- C’est ce que tu appelles entrouvrir la porte ?

-- Absolument. Avec tous les indices accumulés, il te serait facile de justifier ce revirement.

-- Je suppose que tu plaisantes. Aurais-tu la mémoire courte. Tu ne te souviens plus de ce qui est arrivé à nos amis qui ont cru, de bonne foi, pouvoir franchir la ligne et défendre leurs thèses au grand jour.

Comme à contre cœur, elle concéda :

-- Oui, je sais, mais ce n’est pas une raison.

-- Moi, je trouve que si, que c’est une raison. Je ne veux pas me trouver entraîné dans la spirale infernale. Si je mets au jour la plus infime partie de tes « pistes », de ce que tu prétends avoir découvert, ce sera la curée. Ils vont te mettre en pièces et moi avec. Le scénario est tout prêt, il a déjà servi. Ils vont nous tomber dessus, dire que tu es une mythomane, une malhonnête, que moi je suis un vendu à je ne sais quels intérêts, que je suis un asocial, un original, un dangereux jobard prêt à croire sans vérification tout ce qu’on lui raconte.

-- Mais j’ai des preuves, des présomptions, des indices irréfutables.

-- Il n’y a rien qui tienne devant la mauvaise foi. Ils nommeront des experts qui diront que tes photos sont falsifiées, que tu as suborné les témoins, que j’ai déformé volontairement tes propos.

-- Tu exagères.

-- Tu sais bien que non. Ils lanceront contre moi des sommités qui ne connaissent rien au problème, mais que dérangent les théories qui ne rentrent pas dans le moule.

-- Mais comment peux-tu être aussi sûr de ce que tu dis ? Bats-toi ! Nom de Dieu !

-- Comment puis-je en être certain ? Ah ! C’est la meilleure, celle-là. Comment puis-je en être certain ? Mais c’est très simple. C’est exactement ce que je fais moi-même depuis dix ans et je peux te dire que ma méthode fonctionne à merveille.

Avec une certaine ironie dans la voix, il lui dit :

-- Mais regarde autour de toi. Tu auras la démonstration éclatante que j’ai choisi le bon camp.

  Et, d’un geste large, il montrait la piscine de vingt-cinq mètres dont l’eau verte miroitait dans le soleil, la grande villa de huit pièces aux tuiles rousses qui surplombait la baie de Nice tout là-bas dans le lointain, tout le confort accumulé pendant les dix dernières années grâce à ses options judicieuses.

  Comme pour se donner bonne conscience, justifier sa position, il ajouta, toujours le même argument :

-- D’ailleurs, tu n’as rien de plus que des indices, des présomptions.

  D’une voix où perçait une certaine tristesse, elle se contenta de répondre :

-- C’est bien ce que je disais, tu es un beau salaud.

Il se défendit avec énergie, mais au fond de lui-même, il se demanda si elle n’avait pas un peu raison.

-- Tu sais, moi, je n’ai pas l’esprit missionnaire. C’est tellement plus facile de donner aux gens ce qu’ils demandent.

Après un moment de silence réprobateur, il tenta une justification :

-- Et puis, après tout, même si on adopte ton point de vue, même si l’on admet que l’existence des extraterrestres n’est pas aussi improbable que les autorités officielles veulent le faire croire, est-ce que tu ne crois pas qu’il vaudrait mieux essayer d’habituer progressivement les gens à l’idée que de les traumatiser. Rappelle-toi ce pauvre Orson Welles et la mémorable pagaille qu’il a déclenchée avec son émission sur l’invasion des Martiens.

  Elle revint à la charge.

-- Mais alors, tous ceux qui défendent la vérité en ce domaine vont continuer à passer pour des cons ? Tous ceux qui prétendent avoir été enlevés auront toujours droit à l’asile de fous ? Tu ne te sens pas un peu gêné par moments ?

-- Que veux-tu ! C’est la vie, ma vieille. Eh puis ! Sommes-nous vraiment certains que ce sont eux qui ont raison ?

Il l’entendit marmonner :

-- Drôle de vie ! Elle pue cette vie.

 

 

Pour une visite guidée, il vous suffit de cliquer sur le mot suite en bas et à droite de chaque page. Bonne promenade !

 

 

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