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L'affaire Siegfried : |
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Journaliste Free Lance Raoul, journaliste
free-lance préparait un article sur les OVNIs son sujet favori, une
spécialité dans laquelle il avait acquis une sorte de notoriété sulfureuse
qu’il entretenait savamment depuis plus de dix ans. Lisant les caractères
noirs sur fond gris bleu de son pentium portable, il avait entrepris de lui
présenter son texte : --
« Les amateurs de soucoupes volantes vont de nouveau faire grise mine. En effet, selon un
article documenté du Times dont la réputation de sérieux n’est plus à
faire, il semblerait que les évènements liés à de prétendus engins
extraterrestres soient en très nette régression depuis plusieurs
années. » Suivait une longue mise
en garde contre la crédulité coupable de nombreux médias trop enclins à
donner de l’importance à un phénomène qui, en réalité, n’en avait
pratiquement aucune. C’était le contenu de
ce projet qui avait déclenché les remarques désobligeantes d’Aurore. Elle s’était levée pour
atteindre ses lunettes de soleil aux pieds de Raoul, puis s’était étendue sur
le dos sur un matelas pneumatique à côté de son ami, largement offerte à ses
regards et aux caresses du jeune soleil, l’écoutant avec une attention assez
distraite. Au bout de quelques
minutes, n’y tenant plus, elle s’était relevée sur les coudes et était
intervenue, coupant sa lecture. -- Es-tu sûr de ces
informations ? La dernière fois, tu t’es fait ramasser de la belle manière. Il avait haussé les
épaules comme pour indiquer qu’il n’y attachait pas une grande importance. Otant ses lunettes noires pour
mieux le regarder (le soleil lui faisait froncer le nez, lui donnant l’air
d’un pékinois), elle ne lui avait pas caché son opinion : -- Ton attitude ne rime à
rien, ni de près, ni de loin et tu le sais fort bien. Elle ajouta sévère : -- Tu prends depuis des années
une position absurde que je ne partage pas du tout et tu le sais
parfaitement. Alors pourquoi me demandes-tu mon opinion ? Il réalisa que s’il
avait aimé sa franchise (c’était ce qui l’avait séduit en elle), elle
commençait à l’irriter sérieusement. Un peu agacé, il rétorqua : -- Bien entendu, je le sais,
mais j’espérais que pour une fois… Après un léger silence, il
ajouta : -- Mais je sais aussi que c’est
ce que les gens veulent entendre. Si je leur parlais de tes théories
fumeuses, tels que je les connais, aucun rédacteur en chef ne me prendrait
plus au sérieux et je serais réduit à pointer au chomedu. Il se tourna vers elle. -- Tu ne te souviens donc pas
de ce reportage télévisé sur la base Area 51, il y avait une petite
journaliste qui la ramenait. Elle parlait des assemblées de kidnappés à Las
Vegas. C’était n’importe quoi. Le présentateur s’est bien foutu d’elle. -- Si, lui répondit-elle, je
me souviens très bien. C’était lamentable. -- Pourquoi lamentable ?
coupa-t-il avec agressivité. -- Je l’ai trouvé immonde ton
animateur, avec son rire gras. La pauvre fille lui a fait un compte rendu
très objectif de son reportage. On aurait dit qu’elle lui avait sorti une
obscénité. C’était du type « Ouaf, ouaf ! Vous n’allez pas me dire
que vous croyez à ces conneries ! Pas à moi, pas à un être évolué comme
moi. Ce serait me prendre pour un de ces jobards d’Américains qui croient aux
soucoupes volantes. - A propos, combien d’Américains y croient, selon vous ?
Quatre-vingts pour cent ! Ah, tant que ça ! Ils ne sont pas possibles ces
Ricains ! » -- Si, je l’ai vu, concéda
Raoul, je reconnais que c’était un peu exagéré, mais d’après moi, elle ne
l’avait pas volé. -- Comment pas volé. C’était
elle qui se trouvait au banc des accusés, elle qui avait fait un excellent
travail, alors que l’autre andouille ne connaissait, manifestement, rien du
sujet. Il est plus à l’aise dans les commentaires sur le Tour de France. Il est
intarissable sur les mérites de l’EPO et sur les effets du dopage sur les
performances des coureurs. -- Et alors, il faisait son
métier. -- C’est faux, il aurait dû
avoir le courage de chercher la vérité. Et toi tu devrais bien en faire
autant au lieu de ressasser toujours les même âneries. Raoul n’était pas
content du tout. Elle commençait réellement à le faire suer avec ses
remarques idiotes et ses attitudes à la Jeanne d’Arc. Il grommela, comme pour
se justifier : -- Voila
plus de dix ans que j’ai adopté le parti des gens sérieux et je ne tiens pas à passer pour une girouette.
D’ailleurs es-tu sûre de la connaître toi la vérité ? Tu serais bien en
peine d’apporter juste un tout petit bout de commencement de preuve. Tu
crois, tu penses, tu imagines, tu raisonnes, mais qu’est-ce que tu sais
vraiment ? L’argument la laissa
songeuse, mais elle passa vite à la contre attaque : --
Tu devrais prendre exemple sur le professeur Sturrock, un astrophysicien de
l’université de Stanford ou sur le docteur Greer. Au risque de se voir
conspuer par certains de leurs collègues qui marchent aux ordres, il n’a pas
hésité à agir. Ils l’ont fait parce qu’ils n’ont pas été convaincus par la
lecture du rapport officiel de la commission Condon qui concluait que les preuves
de l’existence des OVNIs étaient tellement insignifiantes qu’il n’y avait
aucune raison de continuer à les étudier. Je te rappelle qu’ils ne sont plus
seuls maintenant et qu’un nombre croissant de savants estiment qu’il faut
s’intéresser à ce sujet. Je ne te demande pas d’apporter des affirmations non
fondées, simplement de laisser entendre que la porte commence à s’entrouvrir. -- Et qu’est-ce qui te fait
penser que la fameuse porte s’entrouvrirait ? -- Justement les travaux des
amis de Sturrock, les témoignages rassemblés par le docteur Greer ; ils
affirment… -- Oui, oui, je connais,
merci, intervint-il avec une certaine nervosité, montrant ainsi que le sujet
ne le laissait pas indifférent, au contraire. -- Alors tu sais donc qu’ils
ont commencé à mettre les pieds dans le plat, rompant ainsi le silence
hypocrite de la plupart de leurs confrères qui, même s’ils en ont envie, se
gardent bien d’aborder ce sujet interdit. Eux aussi, ils courent des risques
pour leurs carrières et cependant, ils ont laissé entendre que l’on avait
peut-être ridiculisé un peu tôt ceux qui voulaient apporter des évidences
concernant les soucoupes volantes et autres phénomènes connexes. Ils invitent
la communauté scientifique à prendre ces problèmes avec un peu plus de
sérieux. -- C’est ce que tu appelles
entrouvrir la porte ? -- Absolument. Avec tous les
indices accumulés, il te serait facile de justifier ce revirement. -- Je suppose que tu
plaisantes. Aurais-tu la mémoire courte. Tu ne te souviens plus de ce qui est
arrivé à nos amis qui ont cru, de bonne foi, pouvoir franchir la ligne et
défendre leurs thèses au grand jour. Comme à contre cœur, elle
concéda : -- Oui, je sais, mais ce n’est
pas une raison. -- Moi, je trouve que si, que
c’est une raison. Je ne veux pas me trouver entraîné dans la spirale
infernale. Si je mets au jour la plus infime partie de tes
« pistes », de ce que tu prétends avoir découvert, ce sera la
curée. Ils vont te mettre en pièces et moi avec. Le scénario est tout prêt,
il a déjà servi. Ils vont nous tomber dessus, dire que tu es une mythomane,
une malhonnête, que moi je suis un vendu à je ne sais quels intérêts, que je
suis un asocial, un original, un dangereux jobard prêt à croire sans
vérification tout ce qu’on lui raconte. -- Mais j’ai des preuves, des
présomptions, des indices irréfutables. -- Il n’y a rien qui tienne
devant la mauvaise foi. Ils nommeront des experts qui diront que tes photos
sont falsifiées, que tu as suborné les témoins, que j’ai déformé
volontairement tes propos. -- Tu exagères. -- Tu sais bien que non. Ils
lanceront contre moi des sommités qui ne connaissent rien au problème, mais
que dérangent les théories qui ne rentrent pas dans le moule. -- Mais comment peux-tu être
aussi sûr de ce que tu dis ? Bats-toi ! Nom de Dieu ! -- Comment puis-je en être
certain ? Ah ! C’est la meilleure, celle-là. Comment puis-je en
être certain ? Mais c’est très simple. C’est exactement ce que je fais
moi-même depuis dix ans et je peux te dire que ma méthode fonctionne à
merveille. Avec une certaine ironie dans
la voix, il lui dit : -- Mais regarde autour de toi.
Tu auras la démonstration éclatante que j’ai choisi le bon camp. Et, d’un geste large,
il montrait la piscine de vingt-cinq mètres dont l’eau verte miroitait dans
le soleil, la grande villa de huit pièces aux tuiles rousses qui surplombait
la baie de Nice tout là-bas dans le lointain, tout le confort accumulé
pendant les dix dernières années grâce à ses options judicieuses. Comme pour se donner bonne
conscience, justifier sa position, il ajouta, toujours le même
argument : -- D’ailleurs, tu n’as rien de plus que des indices, des
présomptions. D’une voix où perçait
une certaine tristesse, elle se contenta de répondre : -- C’est bien ce que je disais,
tu es un beau salaud. Il se défendit avec énergie,
mais au fond de lui-même, il se demanda si elle n’avait pas un peu raison. -- Tu sais, moi, je n’ai pas
l’esprit missionnaire. C’est tellement plus facile de donner aux gens ce
qu’ils demandent. Après un moment de silence
réprobateur, il tenta une justification : -- Et puis, après tout, même
si on adopte ton point de vue, même si l’on admet que l’existence des
extraterrestres n’est pas aussi improbable que les autorités officielles
veulent le faire croire, est-ce que tu ne crois pas qu’il vaudrait mieux
essayer d’habituer progressivement les gens à l’idée que de les traumatiser.
Rappelle-toi ce pauvre Orson Welles et la mémorable pagaille qu’il a
déclenchée avec son émission sur l’invasion des Martiens. Elle revint à la
charge. -- Mais alors, tous ceux qui
défendent la vérité en ce domaine vont continuer à passer pour des
cons ? Tous ceux qui prétendent avoir été enlevés auront toujours droit
à l’asile de fous ? Tu ne te sens pas un peu gêné par moments ? -- Que veux-tu ! C’est la
vie, ma vieille. Eh puis ! Sommes-nous vraiment certains que ce sont eux
qui ont raison ? Il l’entendit marmonner : -- Drôle de vie ! Elle
pue cette vie. |
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