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L'affaire Siegfried : |
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Une psychanalyste croqueuse d'hommes Loretta se leva, marcha
jusqu’à la baie vitrée qui dominait la ville. Elle s’absorba dans la
contemplation du paysage familier, grandiose. Elle y vit le symbole même de sa
vie, de sa richesse, de son emprise sur le réel. Dans ce triplex de
rêve, elle était la maîtresse incontestée du jeu. Tout lui obéissait. Depuis
la mort tragique de Rupert, son second mari, elle avait banni de sa vie la
crainte, l’incertitude, le doute. Sa profession lui donnait une sensation de
puissance sur le monde et sur les êtres, le sentiment qu’elle était capable
de démêler les secrets les mieux cachés, de mettre à jour, d’expliquer les
pires névroses de ses patients, que tout se ramenait à un jeu bien réglé de
causes et d’effets se déroulant sans surprises majeures. Elle entendit un
« splash » qui venait de l’étage supérieur. Elle eut un long
frémissement. C’était Gérald son nouveau masseur, son dernier amant en titre,
qui s’ébrouait dans la piscine, attendant qu’elle monte le rejoindre. Tout
dans sa vie était soumis à son bon plaisir. Elle décidait souverainement de
tout ce qui lui arrivait. |
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